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dimanche 1 juin 2014

Le petit tabarnak


Auteur : Jacques Goldstyn
Éditions : de la Pastèque (2014)
Nombre de pages : 80

Mon avis : Parce que son père s’est tapé sur le pouce avec un marteau en jurant, un petit garçon se lance à la recherche du «tabarnak».  Tout ce qu’il sait, c’est que c’est un gros mot qu’il n’a pas le droit de prononcer.  Alors, ils interrogent ses copains qui lui disent d'abord que c’est un gros monstre préhistorique, ensuite une maladie mortelle ou le nom d’un village où s’est produit un horrible massacre et finalement, le nom d’un terrible dictateur.  Mais non.  La réponse va venir de Monsieur le curé, qui va leur dire que le tabernacle est tout simplement l’armoire où on range le calice et le ciboire…

Je ne suis pas sûre que j’aurais lu cet album sans le défi Petit bac 2014.  J’étais à la recherche d’un livre avec un gros mot dans le titre, quand je suis tombée sur ce livre dans mes recherches.  Je crois qu'il est avant tout destiné aux enfants, mais je l’ai trouvé amusant, surtout avec l’imagination et la réaction des enfants face à ce que c’est que ce fameux et mystérieux «tabarnak».  Il m’a aussi fait prendre conscience que je fais suis probablement partie de la dernière génération qui est déjà entrée dans une église et qui sait ce que sont un tabernacle, un calice et un ciboire.  Au Québec, ces mots sont devenus des sacres, des jurons dans le contexte où l’Église catholique était omniprésente et omnipotente jusque dans les années 1960.  Finalement, les pages de cet album sont joliment illustrées et les dessins de Jacques Goldstyn, bien rigolos.


Couverture et images trouvées sur le web

http://ennalit.canalblog.com/archives/2012/12/01/25318895.html
 

samedi 22 mars 2014

Les moitiés d'Alice ♥♥♥


Auteure : Judith Itzi
Éditions : Stanké (2014)
Nombre de pages : 184

Résumé : Alice Fillières, huit ans, est dotée d'une imagination débordante et d'un altruisme particulier, qui la pousse à soigner les gens et les animaux blessés autour d'elle.  Elle possède également une drôle de manie, celle de ne manger que la moitié de ses repas. Son père, autoritaire, ne comprend pas cette habitude, qu'il attribue à un manque d'attention, alors que sa mère l'envoie consulter des « spéléologues de l'esprit ».

Au travers des événements qui parsèment son quotidien, dont son arrivée dans une nouvelle école et la maladie d'Elisabeth, sa meilleure amie, elle tentera de percer les secrets de sa famille et de surmonter diverses épreuves.  Avec l'aide de sa tante Astrid, qui ne fait rien comme tout le monde, et d'Alex, un nouvel élève qui fait apparaître des papillons dans son ventre, elle parvient à affronter l'inconnu et le monde avec courage. 

Mon avis :

On pense, souvent à tort, que les enfants ne remarquent pas ce qui les entoure.  Malgré son jeune âge, Alice observe et comprend beaucoup de choses.  En soignant les animaux, elle apprend aussi à soigner les humains,  En vraie petite fée, elle leur offre fleurs, câlins et chocolat pour réparer ce qui est brisé à l’intérieur.  À l’aide d'alliés comme sa tante Astrid ou Henri-le-fou-qui-n’est-pas-si-fou, elle apprend à mieux appréhender sa vie et à résoudre les difficultés qu’elle rencontre (divorce, intimidation, deuil, etc.)

Les moitiés d’Alice est un tout petit roman qui fait un bien fou.  C’est en réalité un pur bonheur.  Alice est immensément touchante, attachante et pleine d'imagination.  À travers ses observations toujours justes et souvent drôles, elle pose un regard à la fois lucide et naïf sur son entourage.  Judith Itzi, à travers les réflexions d’Alice, nous touche directement à l’âme.  On sourit souvent, on est ému.

On a envie de prendre Alice dans nos bras pour lui faire un gros câlin.  Elle nous permet de découvrir certaines vérités.  On comprend que c’est en s’ouvrant aux autres que l’on peut panser nos blessures intérieures et apprendre à être heureux.  Une des phrases que j'ai notées dans ma lecture dit ceci : «Alors je vais te dévoiler un grand secret. Le bonheur habite dans une boîte.  Si on ne l’ouvre pas, on ne peut pas être heureux…» (P. 123)

Il faut donc ouvrir ce livre pour connaître le bonheur qu’il apporte!  Merci Judith Itzi pour ce roman plein de tendresse, qui vous laisse les yeux plein d'étoiles et avec un petit velours à l'intérieur... C'est un immense coup de coeur qu'il faut vite prêter à un prochain lecteur!

Merci à Véronique Déry pour cet envoi!


http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28556050.html

Résumé et couverture :Stanké

lundi 24 juin 2013

Les deux saisons du faubourg ♥

Auteur : Mylène Gilbert-Dumas
Éditions : VLB (2013)
Nombre de pages : 360

Résumé : Dans l'immeuble du faubourg Saint-Jean-Baptiste qu'habitent Adélaïde et sa fille, les semaines se succèdent, pareilles et sans histoire. Jusqu'au jour où, à court d'argent, Adélaïde doit se résoudre à louer une chambre dans son appartement. La petite annonce qu'elle publie dans le journal retient l'attention d'une seule personne : un petit homme mystérieux sur le compte duquel tous les locataires de l'immeuble semblent avoir un avis différent.
 
Dans cet univers tissé serré où les peurs des uns sont les rêves des autres, les choses commencent à changer au contact du nouveau pensionnaire. Et les cartes du tarot qu'on retourne au gré des inquiétudes redessinent peu à peu le destin de chacun.
 
Un roman de l'intimité, mais aussi un roman d'amour inattendu, porté par des personnages féminins entiers et si attachants qu'ils resteront longtemps près du cœur une fois les dernières pages tournées. 

Mon avis :

Je l’avais déjà constaté, Mylène Gilbert-Dumas est une magicienne des mots, elle tisse des histoires porteuses de beauté et de sens, avec des lieux et des personnages qui sont riches, vivants et intenses.

Les personnages font toute la force et la saveur de ce roman.  Il y a tout d'abord Adélaïde, à qui des malheurs sont arrivés par le passé et qui maintenant a peur de la vie, de l’amour et des hommes et qui laisse ses peurs mener sa vie.   Elle voit des signes de malheur partout qui viennent conforter son attitude confortable et sécuritaire.  Elle garde une distance entre elle et le monde pour se protéger.  Elle nous démontre que dans la vie, on ne peut pas être toujours fort, toujours des battants, parfois quand on a été blessé, on se replie sur soi, le temps de panser ses blessures.  Mais malgré ce qu'elle pense, elle est une bonne mère, une bonne fille et une bonne amie.  Et en dépit de ses peurs, elle trouvera le courage de claquer la porte d’un emploi détesté pour en commencer un autre plus créatif.  De plus, Adélaïde est une artiste et trouve un certain épanouissement dans les dessins qu'elle crée.

Il y a aussi sa fille Marjolaine, un brin effrontée, fantasque et si attachante.  Elle a encore l’innocence de l’enfance, mais en même temps, parce qu’elle écornifle tout le temps, elle en sait beaucoup plus qu’il n’en paraît.  Elle n’est donc pas aussi naïve qu’on pourrait le penser. Elle évolue dans un monde d’adultes et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose.  Je l’ai trouvée équilibrée.  Comme elle grandit dans un monde où l’ordinateur et les technologies ne sont pas omniprésentes, elle a de l’imagination et s’amuse d’un rien, comme de jouer au tic tac toe.

Et il y a Jacinthe, la mère d’Adélaïde, amoureuse de la vie et des hommes.  Jacinthe est une Sage, comme le dit Marjolaine.  Elle tire les cartes de tarot et en profite pour donner des conseils, comme si elle voyait vraiment l’avenir.  Elle est flamboyante et plus fonceuse que sa fille.  Elle prend la vie comme elle vient, contrairement à Adélaïde, qui plus inquiète, veut faire des plans, des prévisions, etc.  Jacinthe est habillée comme une gitane, avec foulard, bracelets, colliers et bagues.  

Ce trio féminin épatant et éminemment sympathique vit dans un immeuble du faubourg Saint-Jean-Baptiste, à Québec, qui est tout leur univers.  Avec leurs amis, elles se sont construite une famille et tout ce petit monde se réunit pour des repas et se soutient quand ça va mal.  Les gens ne sont pas égoïstes et se soucient les uns des autres.  C'est une des choses qui m'ont frappé dans ce roman.

Les deux saisons... nous présente un monde de femmes où les hommes n'ont pas le beau rôle.  Ils sont absents, comme les pères d'Adélaïde ou de Marjolaine ou faibles comme Gaston, le chum de Jacinthe.  Mais les choses vont changer quand Adélaïde va louer une chambre de son appartement à Sean, un Néo-Écossais qui ne parle même pas le français.   Adélaïde est d'abord très méfiante envers le jeune anglophone.  Elle est sûre que les hommes ne peuvent que la décevoir.  Mais Sean est un homme sensible et généreux.  Marjolaine l'a senti et elle sera la première à l'accueillir.  Adélaïde se laissera aussi apprivoiser.  Et comme l’hiver passe au printemps, la vie se mettra à bourgeonner lentement dans son cœur, y faisant entrer le bonheur.

On n’a pas toujours le goût de lire des choses rocambolesques ou pleines de suspense.  Les deux saisons du faubourg nous raconte donc une histoire simple et vraie, qui pourrait nous arriver, et je trouve que ça fait du bien, parce que l’on s’y retrouve et qu’on y puise du réconfort.  Lire ce roman, c’est comme entendre chanter une berceuse.  Quel bonheur !  C'est une lecture qui m'a fait énormément du bien.  Au-delà de la chaleur humaine qui s'en dégage, c'est la lente transformation d'Adélaïde qui m'a le plus touché.  D'oiseau blessé, elle acceptera de faire confiance à la vie et elle pourra prendre enfin son envol.  Les deux saisons... avec sa douceur et sa lenteur, nous réconcilie avec la vie.  

Et il y a aussi les descriptions de la ville de Québec, que j’aime beaucoup, avec ses vieux immeubles, ses rues tortueuses, ses hivers pleins de neige et de bourrasques et ses printemps pluvieux et venteux.  Et que dire des paysages du Cap Breton, dont l'auteure a parfaitement su rendre la beauté majestueuse et enivrante.  Ça nous donne envie de s'y rendre, toutes affaires cessantes!  Et la couverture du livre est tout aussi belle, toute douce avec ses couleurs passées et ses traits impressionnistes.

Vous l'aurez compris, Les deux saisons du faubourg m'ont totalement conquise et c'est un véritable coup de coeur!  Et pourtant, j'aurais une question à poser à Madame Gilbert-Dumas : pourquoi une telle fin?

La réponse de l'auteure : «Pourquoi cette fin? Pour mettre en valeur le relief de la vie.» (à voir dans les commentaires)

Venise en parle ici.


Citation : «Une partie d'elle est en deuil et cherche du réconfort dans ce qui est familier.  Relire un livre qu'on a aimé et qu'on connait bien est une façon de se rassurer.  On peut comparer notre vision du monde à celle de l'auteur.  Quand il crée, l'auteur est roi et maître ; il sait comment son monde fonctionne.  Adélaïde a toujours trouvé réconfortant de se mesurer à l'univers d'un auteur, à défaut de comprendre celui dans lequel elle vit.» (P. 213)

«Tous deux ont raison.  Elle ne vivait pas.  Pas vraiment, du moins.  Elle vivait par procuration, comme à travers un miroir.  Elle vivait la vie qu'elle voulait vivre, celle qu'elle voulait voir se réaliser, une vie où les blessures anciennes existaient encore parce qu'elle ne voulait pas les oublier.  Jusqu'à ce moment présent, le passé a toujours influencé le présent.  Et sa vision de l'avenir a toujours orienté le présent.  Mais vivait-elle vraiment pour autant?» (P.314)

                                         Phénomène météorologique     Idée no. 18 : la vue depuis un appartement, bureau, maison
Couverture et résumé : VLB

dimanche 17 mars 2013

Vengeance

Tome 1 : Le glaive de Dieu
Auteur : Hervé Gagnon
Éditions : Hurtubise (2013)
Nombre de pages : 448

Résumé : Montréal, 1886. Jeune professeur d’histoire, Pierre Moreau mène une existence simple et paisible, aimé par sa tendre et douce fiancée Julie. Un jour, son beau-père Émile Fontaine l’entraîne dans une rencontre de francs-maçons. Il est alors loin de se douter que, depuis des siècles, une organisation secrète fonde de grands espoirs en lui. Il se voit obligé d’entreprendre une quête capitale et mystérieuse, dont l’évocation seule fait trembler les plus hautes sphères de l’Église.
 

À partir de ce moment, les menaces se multiplient sur son chemin : la mort frappe violemment autour de lui, sa belle Julie est enlevée, son cousin sulpicien, qu’il aime comme un frère, disparaît... Sa vie devient cauchemar. Traqué, il apprendra qu’il n’est pas celui qu’il croyait être. Tous ses repères s’effondrent... Mais qu’attend-on au juste de lui?

Mon avis : 

Le Glaive de Dieu n'est pas le premier roman d'Hervé Gagnon que je lis.  En effet, j'ai aussi lu trois des quatre tomes de sa série précédente intitulée Damné et dès le début, j'ai été frappée par le talent de cet auteur.  On retrouve cette même qualité d'écriture dans sa nouvelle série nommée Vengeance.

L'histoire commence en Terre Sainte, peu avant la chute de la ville de St-Jean-d'Acre.  Un voleur amène des tablettes couvertes de signes mystérieux à un érudit de l'ordre du Temple.  Celui-ci déchiffre les tablettes et est bouleversé par sa découverte.  En effet, celle-ci pourrait signifier la fin de l'Église catholique, rien de moins.  Les Templiers décident de protéger ce secret, alors que l'Église veut tout faire pour le détruire. 

L'intrigue se déplace à Montréal dans les années 1860, où on suit le jeune professeur Pierre Moreau alors que son beau-père l'entraîne dans une réunion de francs-maçons.  Un premier meurtre sanglant est commis et on assiste alors à une lutte assassine entre ceux qui veulent défendre le secret et venger les Templiers, l'Opus Magnum et ceux qui veulent les anéantir,  le Glaive de Dieu, en quelque sorte le bras armé de la Sainte Inquisition.  Pierre Moreau se retrouve au centre de ce combat dont il devient l'un des enjeux. 

J'ai adoré la reconstitution que Monsieur Gagnon fait de la société canadienne-française de l'époque, de la mainmise du clergé à la description d'une loge franc-maçonnique.  La franc-maçonnerie est l'ennemie de la toute puissante Église, car elle véhicule des idées avant-gardistes, empreintes de tolérance et d'ouverture d'esprit et milite pour l'émancipation de la communauté canadienne-française.  J'ai appris que certaines figures historiques de cette époque comme Honoré Beaugrand et l'ancien premier ministre Gédéon Ouimet avaient été des francs-maçons.  Monsieur Gagnon possède l'art de créer des personnages attachants, comme notre jeune héros qui sera obligé d'évoluer plus rapidement qu'il ne l'aurait voulu alors que le monde qu'il avait toujours connu sera ruiné et surtout, le juif Solomon Wolofsky, qui nous sort des répliques drôles à souhait!

L'idée du secret millénaire qui pourrait ébranler l'Église et la lutte entre celle-ci et une faction contraire qui vit dans l'ombre a certes des airs de déjà-vu, mais Monsieur Gagnon a su la renouveler en la mettant dans un contexte historique inédit.  Aussi, même s'il y a quelques assassinats plutôt barbares, il y en a beaucoup moins que dans la série Damné.  Monsieur Gagnon est tout un écrivain. non seulement il écrit de qualité de façon solide et impeccable, mais en plus, du début à la fin l'action se déroule sur les chapeaux de roues, sans temps mort et les révélations bien dosées qui se succèdent, nous laissant complètement haletants et rivés à notre livre!  Le roman plaira aux amateurs du genre, mais aussi à ceux qui aiment les descriptions historiques parfaites crédibles,  J'ai été entièrement comblée par ce roman et j'en redemande encore et encore!  Continuez à écrire encore longtemps Monsieur Gagnon, je ne m'en plaindrai pas!

 Catégorie Sentiment
32. quelque chose de métallique
image et couverture : Hurtubise

samedi 22 septembre 2012

L'île des oubliés

Auteur : Victoria Hislop
Éditions : Les escales (2012)
Nombre de pages : 431

Résumé : Saga familiale bouleversante et plaidoyer vibrant contre l'exclusion, L'île des oubliés a conquis le monde entier avec ses personnages inoubliables. Traduit dans vingt-cinq pays, vendu à plus de deux millions d'exemplaires, ce roman d'évasion plein d'émotion et de suspense nous emporte au large de la Crète, sur une île au passé troublant. Alexis, une jeune Anglaise, ignore tout de l'histoire de sa famille.  Pour en savoir plus, elle part visiter le village natal de sa mère en Crète. Elle y fait une terrible découverte : juste en face se dresse Spinalonga, la colonie où l'on envoyait les lépreux... et où son arrière-grand-mère aurait péri. Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d'Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la déchirante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets...

Mon avis :

Quelle belle découverte!  Ce premier roman de Victoria Hislop nous fait voyager tout en douceur dans le passé des aïeules de la jeune Alexis, mais aussi dans l'île grecque de Crète, mais aussi et surtout, dans l'île voisine de Spinalonga, qui accueillit jusqu'en 1957 une colonie de lépreux.  Au Moyen-Âge, les lépreux devaient "mourir" à ce monde, on célébrait leurs funérailles, puis ils étaient séparés de leurs familles et devaient quitter leurs demeures, sans espoir de retour.

Au XXe siècle, en Crète, ceux qui se découvrent atteints de la lèpre étaient encore ostracisés.  Ils devaient quitter leurs proches et étaient conduits en bateau à l'île de Spinalonga.  Imaginez-vous le déchirement et l'immense tristesse de ceux qui devaient partir et tout laisser derrière eux?  Pour ceux qui restaient, ceux qui partaient n'étaient pas mieux que morts.  C'est ainsi que dans le roman, l'auteure appelle Spinalonga, «l'île des morts-vivants».

C'est ainsi qu'on assiste aux adieux déchirants, mais silencieux et pleins de dignité, entre Giorgios et sa femme Eleni, ainsi qu'avec la petite communauté de Plaka, car la jeune femme était très aimée de ses pairs.  Ses petites filles, Anna et Maria, sont restées à la maison.  Elles ne reverront plus leur mère, même si celle-ci est toujours vivante et seulement de l'autre côté du bras de mer qui sépare Plaka de Spinalonga.  Giorgios verra sa femme chaque semaine, car il est chargé du ravitaillement par bateau de Spinalonga.

Mais quelle n'est pas la surprise d'Eleni (et la nôtre) de découvrir sur l'île, une communauté de près de 200 personnes qui mènent une vie active.  Il y a un bar, une mairie, les gens ont une petite maison qu'ils fleurissent, des parcelles de terre qu'ils cultivent et les enfants vont à l'école!  Certes, il y a aussi des malades et un hôpital où ils sont soignés, mais pour eux, la vie continue et ils essaient de la vivre du mieux qu'ils le peuvent.  Car pour beaucoup d'entre eux, ils passeront plusieurs années sur cette petite île isolée et oubliée.  On ne peut qu'être profondément émus par leur courage et leurs conditions de vie.  Il me semble que la lèpre n'est pas un sujet souvent abordé en littérature et la façon dont l'auteure le fait nous fait découvrir une autre facette de cette maladie.

On découvre avec Eleni, beaucoup de personnages attachants et courageux sur cette île.  Et l'arrivée de lépreux de la ville d'Athènes amènera un renouveau sur Spinalonga.  Pendant ce temps, à Plaka, Anna et Maria continuent de grandir, sans leur mère, mais entourés de l'affection de leur père, mais aussi de leur amie Fotini et de sa mère Savina.  Les deux jeunes filles ne peuvent pas être plus différentes.  Anna est volontaire et entêtée, elle exprime la moindre de ses émotions et elle n'aime pas les tâches ménagères.  Tandis que Maria est plus réservée et douce, elle s'occupe de son père et de la maison.

Il arrivera tout plein de choses à Maria et Anna.  Elles connaîtront les joies et les souffrances de l'amour, de la maternité, de la séparation et de la mort.  Beaucoup de tragédies émailleront leurs vies.  Ce qui m'a frappé dans ce très beau roman, c'est la simplicité et la générosité avec lesquelles l'auteure nous raconte l'histoire de ces femmes, toutes différentes, mais qui sortent des sentiers battus, chacune à leur façon, qu'elle soit discrète ou non.  Même si nous ne sommes pas d'accord avec leur façon d'agir, Eleni, Anna, Maria, Fotini, Elpida, Savina, Sophia et Alexis sont toutes des femmes courageuses et inoubliables.  Les communautés de Plaka et de Spinalonga sont tricotées serrées, malgré la lèpre ou peut-être à cause d'elle, les gens prennent soin les uns des autres.  À Plaka, la guerre rapprochera les gens.

La vie semble très douce en Crète et cela m'a donné le goût d'aller visiter cette île et de m'asseoir à la terrasse d'un bar, pour siroter une boisson, tout en regardant la mer à l'horizon.  Ce qui se démarque dans ce roman, c'est que l'auteur nous raconte l'importance des choses les plus simples de la vie, mais aussi les plus essentielles, l'amour, l'amitié, la famille, l'importance des liens que l'on tisse et aussi et surtout, la tolérance.  Anna sera transformée par le récit de la vie de ses aïeules.  Malgré son sujet peu facile, Victoria Hislop a réussi à écrire une histoire très belle et très touchante, dont on sort grandi et réconforté.

Citation : «C'est terminé.  J'ai compris que notre histoire n'avait aucun sens, aucun relief, commença-t-elle.  En écoutant Fotini me raconter ce qu'a traversé ma famille, j'ai été frappée par la puissance de l'amour qu'ils avaient les uns pour les autres.  Un amour qui a résisté contre vents et marée, un amour plus fort que la maladie et la mort.  J'ai réalisé alors que mes sentiments pour Ed n'étaient pas comparables.  Et je sais que ça ne changera pas d'ici dix ou vingt ans.

Tout le temps où Sophia avait tourné le dos aux gens et aux lieux qui l'avaient façonnée, elle n'avait jamais perçu avec autant d'acuité ses ancêtres.  À travers les yeux de sa fille, elle les avait vus comme les personnages d'une pièce de théâtre.  Elle découvrait l'héroïsme derrière l'humiliation, la passion derrière la perfidie, l'amour derrière la lèpre. 

Le voile avait été levé sur tout le passé, et les blessures exposée à l'air libre pourraient enfin guérir.  La honte n'avait aucune part dans cette histoire.» (p.426-427)


mardi 14 août 2012

La liste de mes envies, G. Delacourt

Auteur : Grégoire Delacourt
Éditions : JC Lattès (2012)
Nombre de pages : 185

Résumé : Jocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris.  Elle est mercière à Arras.  Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin.  Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie.  Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté.  Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux.  Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l’épouse) a courbé l’échine.  Elle est restée.  Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté.  Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff’Esthétique, 18.547.301€ lui tombent dessus.  Ce jour-là, elle gagne beaucoup. Peut-être.

Mon avis :

Voilà, je viens de terminer la lecture de mon premier roman sur ma liseuse, La liste de mes envies de Grégoire Delacourt.  Un tout petit, mais très beau roman.  J’ai éprouvé beaucoup d'affection pour le personnage de Jo(celyne) cette femme de 47 ans, qui comme nous, vit une vie ordinaire, pas nécessairement celle dont elle avait rêvé, mais qu’elle a fini par aimer.  J’ai aimé la personnalité, la voix, unique et véridique que lui avait donné Monsieur Delacourt. Jocelyne est une femme pleine de tendresse, mais aussi de sagesse.  

Elle gagne à la loto, ce qui lui permettrait de réaliser tous ses rêves et ceux de son entourage, d’acheter tout ce dont elle a envie.  Mais Jo se retient, car elle semble savoir intuitivement que ce cadeau ne pourra pas lui apporter le bonheur qu’elle a déjà dans sa vie.  Son mari cède à la tentation brûlante de tout cet argent, abandonne Jocelyne, mais ne réalisera que trop tard que le bonheur était derrière lui.

La plume de Grégoire Delacourt est tout à la fois belle et simple, pleine de poésie, mais si intime dans sa description des rêves, des envies et des besoins de sa Jocelyne.  J'ai beaucoup aimé ce roman, non seulement parce qu’il nous plonge dans l’intériorité d’une héroïne attachante, mais aussi parce qu’il nous fait rêver et nous touche avec ses émotions à fleur de peau, mais délicates comme la caresse d'un pétale de fleur.  C’est la fin qui fait que La liste de mes envies  n'est pas le coup de coeur attendu, mais c’est tout personnel.  Grégoire Delacourt est un auteur que je découvre avec délices et que je relirai avec grand plaisir.  Il mérite amplement le succès littéraire qu'il récolte présentement.  Un livre qu’il faut lire.
 
 Résumé et couverture : Babelio

samedi 30 juin 2012

Siècle bleu tome 2, Ombres et Lumières

Auteur : Jean-Pierre Goux
Éditions : JBZ & Cie (mai 2012)
Nombre de pages : 560

Résumé : Traqué au coeur du pays navajo, Abel Valdés Villazón, le leader du groupe écologiste Gaïa, révèle un mensonge d'État effroyable et espère ainsi provoquer la chute du gouvernement américain. Mais ce secret dissimule un complot bien plus vaste qui implique Pékin et le milliardaire Cornelius Fox. La Maison Blanche, pour se défendre, lance toutes les forces du pays aux trousses de Gaïa tandis qu'une bombe atomique explose dans le désert du Nouveau-Mexique. Aidés par un mystérieux hacker et bénéficiant peu à peu du soutien de la population, Abel et sa femme Lucy se battent pour survivre et leur combat devient le symbole de l'opposition entre deux visions de l'Homme.

La Révolution bleue se met en marche. Les rêves d'une poignée d'individus suffiront-ils à infléchir la marche d'un monde au bord de l'effondrement?  Mafias, raréfaction des ressources naturelles, paradis bancaires, hacking, machinations d'État, menace nucléaire, Ombres et Lumières nous plonge dans les arcanes les plus secrètes de notre société.  Roman d'aventures, thriller écologique et manifeste révolutionnaire, Ombres et Lumières, deuxième volet de la saga Siècle Bleu questionne notre avenir et donne une fantastique leçon d'espoir.

Mon avis :

Je suis ambivalente suite à la lecture du deuxième tome de la série Siècle Bleu, Ombres et Lumières, de Jean-Pierre Goux.  Il y a certaines choses que j’ai beaucoup aimées et d’autres moins.  Le fait de ne pas avoir lu le premier livre de cette série n’est pas un frein à la découverte du deuxième opus, sauf peut-être au niveau de la mise en place de l’histoire et des personnages, mais encore là, il n'y a rien de majeur.

Gaïa est une organisation écologiste. Elle s’est donné comme mandat de percer certains secrets peu reluisants et les scandales existants au niveau des gouvernements. Elle veut alerter l’opinion publique et «réenchanter le monde».  Ayant révélé un de ces secrets du gouvernement américain, Gaïa, son leader Abel et son épouse Lucy deviennent les ennemis publics numéro un.

J’ai senti que l’auteur brûlait de nous transmettre son message urgent tout au long du roman.  Il nous invite à une prise de conscience et prône une véritable révolution des mentalités humaines, soit de re-connaître la beauté de notre planète afin de la rendre habitable pour tous de façon permanente.  Nous sommes en train d'en épuiser les ressources comme si elles étaient inépuisables, sans se soucier du lendemain.  Cette attitude est aussi aveugle et stupide que celle du capitaine qui déciderait de brûler le navire sur lequel il navigue et qui l'empêche de sombrer!

L'auteur semble avoir mené des recherches approfondies sur tous les sujets qui forment le coeur de son roman.  Même si certaines informations peuvent rebuter dans un premier temps, Jean-Pierre Goux nous les présente d'une façon claire et précise qui nous permet de bien les comprendre.  J'ai donc appris beaucoup de choses sur ces mafias internationales qui agissent dans l'ombre.  L'auteur démonte la mécanique cachée de la marche du monde et nous révèle les agissements occultes de ces organisations mafieuses.  Celles-ci ont étendu leurs tentacules dans tous les domaines économiques, même les plus licites.  Elles peuvent même gangréner l'économie d'un pays et le paralyser au point que sa gouverne leur tombe entre les mains!  Je me suis ouvert les yeux sur ce phénomène et ça fait peur!

D'un autre côté, j’ai trouvé que le message de l'écrivain primait sur la forme du roman.   Son style manquait de souplesse et peut-être de sentiment.  J’ai eu l’impression d'entrevoir le canevas d’écriture de l’auteur.  Chaque chapitre semblait présenter un jalon défini à l'avance dans le plan de  l'intrigue, comme les étapes d'un chemin déjà tracé sur une carte routière.  La personnalité des personnages ainsi que leurs motivations profondes étaient peu ou pas développées.  Chacun devenait un accessoire qui permettait l’avènement du but ultime de l’auteur. 

Toutefois, le roman est écrit de façon impeccable et j’ai été impressionnée par la qualité de la langue utilisée.  Le début du roman est émouvant.  Les passages avec l’astronaute Paul Gardner m'ont bouleversé.   Sa découverte de la petitesse de notre planète vue de la Lune métamorphose complètement sa façon de voir les choses et la nôtre aussi. Nous sommes tenus en haleine par le combat qu'il mène pour sa survie à cause des conditions inhumaines du satellite lunaire.  Le roman est aussi empreint de fantastique, ce que j'ai bien aimé.

J’ai donc été profondément touchée par le message de l'auteur et je crois que dans ce sens, il réussi son pari.  Je retiens donc de ma lecture d'Ombres et Lumières que ce roman nous offre une alternative rassembleuse et porteuse d’espoir face à une situation mondiale qui s'enlise dans une attitude aveugle et égoïste.  Je remercie le Club de Lecture et les éditions JBZ & Cie pour ce partenariat!