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dimanche 10 août 2014

Le dieu de New York

Auteur : Lyndsay Faye
Éditions : Fleuve (2012)
Nombre de pages : 528

Résumé : Été 1845. Après des années de débats politiques, New York crée son département de police. Timothy Wilde intègre malgré lui ce fameux NYPD. Ancien barman, il a tout perdu dans un récent incendie : son bar, ses économies et une partie de son visage.
 
La nuit du 21 août, pendant une ronde, Timothy est bousculé par une petite fille terrifiée. Elle porte une chemise de nuit couverte de sang. Au milieu d'un tissu de mensonges, elle finit par lui révéler qu'elle fuit un homme au capuchon noir qui découpe les enfants en morceaux. Le lendemain matin, le corps d'un petit Irlandais est retrouvé dans une poubelle, une large incision sur le thorax, les organes à nu. La fillette disait vrai, un fou s'en prend aux enfants, mais pas n'importe lesquels, les plus démunis, les immigrés. Timothy se lance dans une traque effrénée pour démasquer cet assassin et éviter que ses sinistres desseins ne mettent la ville de New York à feu et à sang...

Mon avis :

Je n'ai pas souvenir avoir jamais visité New York, mais c'est une ville qui me fascine, par son dynamisme trépidant et ses milles et une facettes.  Son histoire n'en est que plus attirante pour moi qui suis une passionnée d'Histoire, surtout celle du XIXe siècle et du début du XXe siècle, où New York est devenue la mégalopole que l'on connaît aujourd'hui.  

Le roman Le dieu de New York se situe au tournant de l'Histoire où la Grosse Pomme est sortie de la ruralité pour devenir une ville industrielle et populeuse.  En 1845, New York se dote d'une force de police où ses membres doivent arpenter ses rues et arrêter le crime où moment même où il se produit.  C'est une ville où l'extrême richesse et l'indigence la plus choquante se côtoient.  Elle déborde déjà d'innombrables immigrants, qu'elle peine à nourrir et s'apprête à vivre une autre vague d'immigration sans précédent avec tous ces Irlandais qui meurent de faim dans la verte Erin à cause d'un parasite qui s'attaque aux pommes de terre et en anéantit presque totalement les récoltes.  Ils voient l'Amérique comme une terre promise.

Les Américains de souche et protestants vivant à New York ne veulent pas de ces catholiques, qu'ils jugent superstitieux et arriérés.  Le crime et la corruption y règnent.  C'est dans ce contexte que Timothy Wilde, un ancien barman qui a tout perdu dans un gigantesque incendie et qui en est sorti en partie défiguré, devient un "flic à l'étoile".  Il travaille seize heures par jour, doit comprendre l'argot particulier qu'utilisent les malfrats, tout ça au milieu de l'hostilité de la majorité des habitants qui ne veulent pas de cette nouvelle police.

Un soir, une petite fille habillée d'une robe de nuit tâchée de sang lui rentre dedans en lui disant : "Ils vont le couper en morceaux".  Le lendemain matin, le corps sans vie et mutilé d'un petit garçon est trouvé dans les poubelles.  Plusieurs autres corps d'enfants sont déterrés dans un terrain vague.  Ce sont tous de petits Irlandais catholiques et prostitués.  Même si personne ne s'en était soucié jusqu'à maintenant, le fait qu'un tueur, que la rumeur dit Irlandais, s'en prenne à des enfants en y mêlant religion et politique met le feu aux poudres à une grande échelle et une émeute éclate...

Timothy est un personnage intéressant qui s'interroge beaucoup sur ce qu'il désire dans la vie, suite à la perte de son logement, de son emploi et de toutes ses économies dans cet incendie.  Toutes ces choses étaient son passe-port vers une meilleure vie, alors qu'il espérait épouser son amie d'enfance, Mercy Underhill.  Il est confronté à la fois à l'héroïsme le plus fort et à la violence la plus crue en la personne de son grand frère Valentin, une espèce de bandit généreux, drogué, pompier trompe-la-mort irréfléchi et membre du parti démocrate, qu'il aime et déteste tout à la fois.  

Tim est extrêment humain, capable du meilleur comme du pire, il verra toutes ses illusions tomber et en sortira plus fort quand même.  Tous les personnages de ce roman sont fascinants, ils ont tous une part d'ombre et de lumière, comme la ville elle-même.  Mon personnage préféré, en plus de Timothy, est celui de Mercy Underhill, fille de pasteur protestant, qui ne peut s'empêcher de mettre sa vie et sa santé en danger en allant soigner les Irlandais malades dans le cloaque où ils vivotent, malgré l'interdiction de son père.   Et qui ,en même temps, écrit dans les journaux des feuilletons sur les grandeurs et les misères de New York que les dames de la bonne société ne peuvent que lire en secret et en rougissant...

L'aspect historique est particulièrement bien rendu, on voit et on sent tout de la ville qui ne dort jamais, grâce à de nombreuses descriptions.  L'auteure raconte les différentes particularités et oppositions de la cité à cette époque : les gangs de rue, les petits crieurs de journaux, les mille métiers et petites débrouilles que développent la population pour survivre, les riches marchands, les madames qui tiennent des maisons closes, etc.  

En ce sens, Lyndsay Faye parsème toutes les pages de son roman d'expressions argotiques de l'époque. Ce langage a été traduit en argot français et que l'on doive se référer constamment au lexique proposé en fin de volume et que l'on n'y trouve pas une grande partie des tournures de phrases employées a été la seule chose qui m'ait vraiment agacé.  Sinon, ce roman est un coup de coeur, de par ses personnages si humains, son histoire riche et complexe et sa reconstitution de New York si vivante et si complète.  Il plaira autant aux amateurs de polars qu'à ceux de romans historiques.  Je lirai très bientôt le deuxième tome des enquêtes de Timothy Wilde intitulé Le sang noir du secret.
http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28338705.html
Image et résumé : Les éditions Fleuve

lundi 21 avril 2014

Crimes à la librairie

Auteur : Collectif
Éditions : Druide (2014)
Nombre de pages :  336

Résumé : Ils écrivent des polars. Des polars qu’on dévore. Et à la demande d’un lecteur passionné, Richard Migneault, ils se sont réunis autour d’un thème séduisant : crimes à la librairie.

Mario Bolduc, Camille Bouchard, Benoît Bouthillette, Chrystine Brouillet, Jacques Côté, Ariane Gélinas, André Jacques, Martine Latulippe, Geneviève Lefebvre, Florence Meney, Sylvain Meunier, Martin Michaud, Patrick Senécal, Johanne Seymour, Robert Soulières, Richard Ste-Marie.

Ces seize écrivains québécois de grand talent nous invitent dans autant de librairies. Leurs nouvelles nous permettent de découvrir leur style, leurs intrigues et leurs personnages : un tueur à gages littéraire, un homme qui détestait les livres, un général croate sanguinaire, un agent du FBI, une libraire incendiaire, un voleur d’incunables… Étonnement garanti !

LE MOTIF
 
Lieu de culture, d’échanges et de découvertes, la librairie n’est-elle pas le point de rencontre privilégié entre le livre, l’auteur et le lecteur? De son atmosphère feutrée émane une impression de calme, presque de recueillement. Un sentiment de paix tout à fait étranger à la violence. Ainsi, c’est tout un défi qui a été lancé aux seize auteurs des nouvelles de ce recueil : faire de la librairie, cet endroit généralement paisible, une véritable scène de crime. Ils ont donc, chacun à sa façon, dénaturé ce carrefour de tous les imaginaires en transformant chaque livre qui s’y trouve en témoin de l’énigme, du suspense, de l’insoutenable. Plusieurs se sont même permis de délicieuses touches d’humour. Parions qu’après avoir lu ce recueil vous ne verrez plus tout à fait votre librairie préférée du même oeil… 

Mon avis :

Richard Migneault, un amateur de polars et un blogueur, a eu la géniale idée de rassembler seize écrivains québécois autour du thème «crime à la librairie», ce qui a donné seize nouvelles policières, toutes différentes, mais du même excellent calibre, à dévorer immodérément si on est glouton, ou une, deux ou trois à la fois, si on aime lire ses nouvelles, comme on déguste une boîte de chocolats...  L'immense avantage de ce roman est donc de nous faire découvrir un aperçu de l'univers littéraire des différents auteurs et de nous donner le goût de poursuivre en s'immergeant complètement dans l'oeuvre de chacun.  Oh!  Il y en a un autre, celui de nous faire passer d'excellents moments de lecture.  Je le recommande donc à tous, oui, même à ceux qui n'aiment pas lire des nouvelles.

Blogue de Richard Migneault : Polar, noir et blanc.

http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28338705.html
Couverture et résumé : Druide

dimanche 17 mars 2013

Vengeance

Tome 1 : Le glaive de Dieu
Auteur : Hervé Gagnon
Éditions : Hurtubise (2013)
Nombre de pages : 448

Résumé : Montréal, 1886. Jeune professeur d’histoire, Pierre Moreau mène une existence simple et paisible, aimé par sa tendre et douce fiancée Julie. Un jour, son beau-père Émile Fontaine l’entraîne dans une rencontre de francs-maçons. Il est alors loin de se douter que, depuis des siècles, une organisation secrète fonde de grands espoirs en lui. Il se voit obligé d’entreprendre une quête capitale et mystérieuse, dont l’évocation seule fait trembler les plus hautes sphères de l’Église.
 

À partir de ce moment, les menaces se multiplient sur son chemin : la mort frappe violemment autour de lui, sa belle Julie est enlevée, son cousin sulpicien, qu’il aime comme un frère, disparaît... Sa vie devient cauchemar. Traqué, il apprendra qu’il n’est pas celui qu’il croyait être. Tous ses repères s’effondrent... Mais qu’attend-on au juste de lui?

Mon avis : 

Le Glaive de Dieu n'est pas le premier roman d'Hervé Gagnon que je lis.  En effet, j'ai aussi lu trois des quatre tomes de sa série précédente intitulée Damné et dès le début, j'ai été frappée par le talent de cet auteur.  On retrouve cette même qualité d'écriture dans sa nouvelle série nommée Vengeance.

L'histoire commence en Terre Sainte, peu avant la chute de la ville de St-Jean-d'Acre.  Un voleur amène des tablettes couvertes de signes mystérieux à un érudit de l'ordre du Temple.  Celui-ci déchiffre les tablettes et est bouleversé par sa découverte.  En effet, celle-ci pourrait signifier la fin de l'Église catholique, rien de moins.  Les Templiers décident de protéger ce secret, alors que l'Église veut tout faire pour le détruire. 

L'intrigue se déplace à Montréal dans les années 1860, où on suit le jeune professeur Pierre Moreau alors que son beau-père l'entraîne dans une réunion de francs-maçons.  Un premier meurtre sanglant est commis et on assiste alors à une lutte assassine entre ceux qui veulent défendre le secret et venger les Templiers, l'Opus Magnum et ceux qui veulent les anéantir,  le Glaive de Dieu, en quelque sorte le bras armé de la Sainte Inquisition.  Pierre Moreau se retrouve au centre de ce combat dont il devient l'un des enjeux. 

J'ai adoré la reconstitution que Monsieur Gagnon fait de la société canadienne-française de l'époque, de la mainmise du clergé à la description d'une loge franc-maçonnique.  La franc-maçonnerie est l'ennemie de la toute puissante Église, car elle véhicule des idées avant-gardistes, empreintes de tolérance et d'ouverture d'esprit et milite pour l'émancipation de la communauté canadienne-française.  J'ai appris que certaines figures historiques de cette époque comme Honoré Beaugrand et l'ancien premier ministre Gédéon Ouimet avaient été des francs-maçons.  Monsieur Gagnon possède l'art de créer des personnages attachants, comme notre jeune héros qui sera obligé d'évoluer plus rapidement qu'il ne l'aurait voulu alors que le monde qu'il avait toujours connu sera ruiné et surtout, le juif Solomon Wolofsky, qui nous sort des répliques drôles à souhait!

L'idée du secret millénaire qui pourrait ébranler l'Église et la lutte entre celle-ci et une faction contraire qui vit dans l'ombre a certes des airs de déjà-vu, mais Monsieur Gagnon a su la renouveler en la mettant dans un contexte historique inédit.  Aussi, même s'il y a quelques assassinats plutôt barbares, il y en a beaucoup moins que dans la série Damné.  Monsieur Gagnon est tout un écrivain. non seulement il écrit de qualité de façon solide et impeccable, mais en plus, du début à la fin l'action se déroule sur les chapeaux de roues, sans temps mort et les révélations bien dosées qui se succèdent, nous laissant complètement haletants et rivés à notre livre!  Le roman plaira aux amateurs du genre, mais aussi à ceux qui aiment les descriptions historiques parfaites crédibles,  J'ai été entièrement comblée par ce roman et j'en redemande encore et encore!  Continuez à écrire encore longtemps Monsieur Gagnon, je ne m'en plaindrai pas!

 Catégorie Sentiment
32. quelque chose de métallique
image et couverture : Hurtubise

dimanche 27 janvier 2013

Le murmure de l'ogre

Auteur : Valentin Musso
Éditions : Seuil (2012)
Nombre de pages : 432 

Résumé : Nice, 1922. Deux prostituées sont assassinées, le crâne rasé et le corps recouvert d’étranges symboles. Bientôt, ce sont des enfants qui disparaissent et qui sont retrouvés égorgés aux quatre coins de la ville dans une mise en scène macabre.

Louis Forestier, un commissaire des brigades mobiles créées par Clemenceau, se lance sur les traces de celui que les journaux ont surnommé l’«Ogre». Il est épaulé par Frédéric Berthellon, un spécialiste des pathologies mentales de l’hôpital Sainte-Anne venu exprès de Paris, et par Raphaël Mathesson, un richissime érudit, aviateur à ses heures perdues. Très vite, ils découvrent que le tueur observe un rituel inspiré de récits de l’Antiquité sur la descente des mortels dans le monde des Enfers. L’affaire prend une dimension nouvelle quand le fils d’un millionnaire américain est enlevé par le tueur. Le compte à rebours commence : des ruelles miséreuses du vieux Nice aux luxueuses villas des hivernants, chaque indice est interprété pour tenter de saisir les motivations de l’Ogre, et de remonter sa piste.

Mon avis :


Le murmure de l’ogre est le deuxième roman que je lis de Valentin Musso et j’ai été frappée par la même chose que lors de la lecture que j’avais faite de son premier roman, Les cendres froides.  Il s’agit de la maîtrise étonnante qu’a cet auteur de la technique de l’écriture : il n’y a aucune digression dans ses phrases, aucune tournure maladroite, aucun mot superflu, bref aucune de ces faiblesses dont on pourrait s’attendre d’un auteur novice.  L’édifice est solide, ses pierres sont adroitement et précisément placées.  Il écrit comme s’il écrivait depuis des années.  Il est chanceux d’avoir cette force que d’autres auteurs de métier ne posséderont peut-être jamais, même après plusieurs années.  Donc, lire Valentin Musso est un vrai plaisir, cela coule de source, sans aucun heurt.



Même si les théories concernant les tueurs de série et présentées dans le roman ont un air de déjà-vu (je ne crois pas qu’il y en ait des dizaines), l’originalité dans ce cas, est de les avoir placées dans le contexte du premier quart du XXè siècle, alors que les techniques de scène de crimes, d’analyse d’indices et de psychiatrie médico-légale en sont encore à leurs premiers balbutiements.  Cela nous permet de les (re-) découvrir d’un œil neuf, alors que ces nouvelles techniques semblaient presque relever de la magie à l’époque.  La conception du tueur en série et partant, du malade mental, n’étaient pas les mêmes aujourd’hui, mais ce malin meurtrier suscite la même horreur et la même incompréhension qu’aujourd’hui.  Faut-il punir ou réhabiliter les criminels ?



Nous suivons le commissaire Louis Forestier et le médecin Frédéric Berthellon sur les traces de ce tueur récidiviste vite appelé l’Ogre parce qu’il tue des enfants.  Celui-ci suit un rituel inspiré des récits de l’Antiquité.  Frédéric Berthellon est appelé à la rescousse parce que Forestier pressent que ce tueur d’un nouveau genre échappe aux méthodes traditionnelle des policiers.  Il sera le guide qui tentera de traduire les actes apparemment insensés de cet homme.



J’ai aimé que les policiers aient de la difficulté dans leurs enquêtes, qu’ils doivent suivre des pistes incertaines, qu’ils errent et se trompent, bref qu’ils soient humains et plus près de la réalité, qu’ils soient blessés physiquement et psychologiquement.  L’intrigue est prenante, on suit avec plaisir et sans faiblir l’enquête tortueuse et même si j’ai deviné certains développements de l’histoire, je ne me suis jamais ennuyée et la dénouement final m’a quand même surprise.



Une histoire solide, un contexte historique bien décrit, des personnages humains, une intrigue captivante, la psychologie du tueur tortueuse à souhait et une écriture sans faille font de ce roman policier historique une très bonne lecture, qu’il ne faut pas manquer et qui fait que Valentin Musso trouve sa place au panthéon des grands auteurs français du polar !

Allie, ce roman m'a fait penser au roman Dans le quartier des agités de Jacques Côté.  Il devrait donc te plaire! 

Merci à Argali qui m'a fait découvrir ce roman!




* Le challenge des 170 idées : no. 22, une pièce de vêtement
* Challenge Petit Bac 2013 : Gros mot                                            

samedi 6 octobre 2012

Journal d'un hacker


Auteur : Maxime Frantini
Publié en auto-édition (2012)
Nombre de pages : 212

Résumé : Hiver 2012. Les grandes démocraties ont multiplié lois et accords pour accentuer leur contrôle sur Internet. Aux USA, les manifestations d'indignés sont quotidiennes et la misère gagne du terrain.  Pour mettre le monde sous surveillance, le FBI utilise Galaxy, un monstrueux système informatique chargé de filtrer et indexer exhaustivement les données d'Internet.  D'une puissance inégalée, il a été conçu comme une entité autonome et inviolable, protégée de l'ingéniosité des hackers. Aucun pirate ne peut accéder au plus liberticide et confidentiel des outils informatiques.

Mais Ylian Estevez, le hacker le plus recherché de la planète, relève le défi. Avec l'appui du mouvement hacktiviste Anonymous, il conçoit un plan machiavélique pour détruire Galaxy.  Pour la division Cyber Crime de Mark Benson, composée des plus brillants cyber flics, la capture d'Ylian Estevez est une priorité, et sa croisade une opportunité unique. Entre les hackers et le FBI s'engage alors une guerre des plus indécises, avec pour enjeu la liberté de milliards d'Internautes.

Mon avis

Tout d’abord, je voudrais remercier l’auteur pour m’avoir envoyé son roman et surtout pour sa gentille dédicace.  Malheureusement, je ne crois pas que mon avis sera aussi enthousiaste que ceux qui ont été publiés jusqu’à maintenant.

Le principal intérêt du Journal d’un hacker réside pour moi dans son contenu informatif et sur l’éveil des consciences qu’il pourrait - devrait - provoquer chez ses lecteurs.  La description des agissements malveillants et illégaux des gouvernements, américain dans l’histoire, sur le Net pour restreindre nos libertés sous couvert de protection des droits d’auteurs et de lutte au terrorisme donne froid dans le dos !  Comment, après une telle lecture, ne pas avoir envie de barricader notre ordinateur à double tour comme on le fait déjà avec nos maisons?  Comment concilier notre désir ludique de se promener librement sur le web avec la nécessité de se protéger contre ces gouvernements liberticides et ces quelques pirates aux intentions pas toujours humanitaires, comme celle d’Ylian Estevez et des Anonymous?  Dans un tel contexte, des romans comme le Journal d'un hacker sont nécessaires.

Mais je dois aussi dire que je suis restée sur ma faim, surtout du côté littéraire.  J’ai trouvé de nombreuses fautes dans le texte.  Aussi, il y a beaucoup de contenu technique et informatique et je n’ai pas tout compris.  Les personnages m’ont semblé unidimensionnels, les agents du FBI sont stupides et empotés, alors qu’Ylian Estevez est intelligent et débrouillard.  L’intrigue se centre exclusivement sur les attaques que porte le personnage principal contre le système informatique du FBI.  J’aurais aimé que l’auteur développe davantage l’histoire tout autour ainsi que la psychologie des personnages.  Néanmoins, en dépit de son côté solitaire, Ylian Estevez a tout du héros des temps modernes.

Malgré cela, la lecture de ce roman a été somme toute assez plaisante.  L’action, parce qu’elle est concentrée, ne traîne pas.  Et j’ai bien aimé l’apothéose finale des attaques d’Ylian le malin.  Ma curiosité a été piquée par l'auteur et j'ai le goût d'en apprendre davantage sur le sujet, ce qui est une bonne chose.  La fin laisse clairement entendre qu’il y aura une suite aux aventures d'Ylian Estevez et si jamais je me retrouvais avec un tel livre entre les mains, je le lirais volontiers.  Maintenant, quant à savoir si je vais être capable de continuer de naviguer sur Internet les yeux fermés comme avant, c'est une autre histoire...

Merci à Maxime Frantini et au Club de lecture pour ce partenariat! 

 Couverture : Club de lecture

jeudi 27 septembre 2012

Les larmes d'Aral

Auteur : Jérôme Delafosse
Éditions : Robert Laffont (2012)
Nombre de pages : 464

Résumé : Comté du Donegal, Irlande, automne 1994

En plein conflit nord-irlandais, un grand reporter de guerre est sauvagement assassiné. Très vite, les soupçons se portent sur sa femme, Sinead McKeown, accusée de liens secrets avec l'IRA. Fugitive recherchée par toutes les polices, elle n'a pour traquer les vrais coupables qu'un seul indice en sa possession : une fiole contenant des paupières humaines ornées de mystérieux tatouages...

Paris, au même moment

Un corps sans vie marqué de plaies nécrosées est repêché dans la Seine. Les premières constatations laissent croire au suicide d'un SDF. Mais l'affaire prend une tout autre tournure lorsque les policiers qui ont manipulé le cadavre sont victimes de graves brûlures...  Contre la DST et face aux experts de la DGSE, Raphaël Zeck, jeune flic du 36, quai des Orfèvres et son adjoint Drago, dit le Serbe, sont chargés de l'enquête.  Ce qu'à ce stade ni Sinead ni Raphaël ne peuvent soupçonner, c'est que leurs deux enquêtes sont liées. Et qu'ils vont devoir plonger ensemble dans un monde où le crime naît de manipulations scientifiques et de secrets d'État à glacer le sang.

De Belfast à Paris, de Londres aux neiges de l'Ouzbékistan, un monde vertigineux au coeur de la folie des hommes, là où les «larmes d'Aral» coulent pour l'éternité...

Mon avis :

Il n'est pas nécessaire de discuter longtemps pour dire que Les larmes d'Aral est un excellent thriller, parfaitement écrit.  Bien accroché à chaque page, on suit docilement les personnages dans leurs aventures sans que le suspense ne faiblisse jamais.  De rebondissement en rebondissement, on se creuse la tête, on s'enfonce doucement dans les méandres de l'histoire sans jamais ne serait-ce qu'entrevoir la résolution de l'énigme.  Les deux personnages principaux sont très crédibles, à la fois forts et faibles, chacun avec une histoire qui l'a marqué et façonné et qui vient expliquer leurs réactions face aux événements qu'ils vivent dans cette enquête qui les mène aux portes de la folie et du surnaturel.  J'ai été complètement conquise par ma lecture des Larmes d'Aral et le premier roman de Jérôme Delafosse, Le cercle de sang, a d'ores et déjà rejoint ma liste de romans à lire.  Je ne peux donc que vous recommander ce roman.  Si vous recherchez un thriller intelligent, avec de l'action soutenue et une intrigue bien ficelée, lisez-le, vous ne tromperez pas!


 Couverture et résumé : Archambault

vendredi 27 juillet 2012

Piégées

Auteur : Gordon Reece
Éditions : Flammarion (2011)
Nombre de pages : 318

Résumé : Après des mois de souffrance silencieuse, c'est à Honeysuckle Cottage, maison isolée en pleine campagne, que Shelley et sa mère, toutes deux malmenées par l'existence, trouvent enfin une solution à leurs problèmes.  Bien à l'abri du monde extérieur, les deux femmes se reconstruisent peu à peu une vie calme et sûre.  Mais lorsqu'un soir un cambrioleur pénètre dans la maison, cette fragile sécurité vole en éclats et elles réagissent d'une façon dont elles ne se seraient jamais crues capables...  Avec Piégées, Gordon Reece nous livre une véritable réflexion sur la complexité de la nature humaine et sur les fragiles limites entre bien et mal. Un thriller psychologique angoissant qui fait s'envoler toutes nos certitudes et nous rappelle que personne n'est entièrement victime ni complètement bourreau.

Mon avis :

Shelley et sa mère sont, d'après les propres paroles de la jeune fille, des souris.  Face à la violence et à l'agressivité, elles figent littéralement et ne songent qu'à disparaître.  À preuve, Shelley a été victime d'intimidation par trois adolescentes de son école, qui l'ont même blessée physiquement, ce qui la force à rester à la maison, où elle suit des cours particuliers.  Tandis que sa mère s'est laissé complètement plumée par son ex-mari lors de leur divorce et est littéralement exploitée par ses patrons, qui lui paient un salaire de misère et lui font faire tout le travail, alors qu'elle est une brillante avocate diplômée.

Mais quand elles découvrent Honeysuckle Cottage, si merveilleusement calme et isolé, elles pensent qu'elles ont enfin trouvé le havre de paix où elles pourront commencer à panser leurs nombreuses blessures.  Cependant, leur tout nouveau bonheur vole rapidement en éclats une nuit où un cambrioleur s'introduit chez elles.  Il les attache à une chaise et les menace avec un couteau.  Shelley, fatiguée d'être une victime, se met à poursuivre l'intrus avec sa propre arme.  Aidée par sa mère, elles iront jusqu'à commettre l'irréparable.

Piégées est un thriller psychologique qui nous montre des personnes ordinaires aux prises avec les conséquences de l'acte hors de l'ordinaire qu'elles ont posé.  L'auteur nous décrit très bien les répercussions psychologiques dont Shelley et sa mère souffrent après un tel traumatisme.  On y voit tous les problèmes matériels qui peuvent se poser quand on veut effacer les preuves physiques qui peuvent nous relier à cet acte.  En plus, les deux femmes doivent continuer à vivre comme si rien ne s'était produit.

Même si le suspense que l'on trouve dans ce roman n'est pas exceptionnel, on ne peut s'empêcher de tourner les pages avec une certaine hâte tant on se demande si Shelley et sa mère vont finir par se faire prendre ou si elles vont craquer.  Shelley est une jeune fille plutôt réservée.  Au départ, son attitude soumise m'a agacé, mais au fur et à mesure qu'elle évolue, j'en suis venue à la trouver plus sympathique, même si je ne suis pas d'accord avec la manière dont sa mère et elle résolvent leurs "problèmes".

Ce roman, qui se lit facilement et rapidement,  m'a permis de passer un très bon moment de lecture.  J'ai éprouvé quelques frissons quand Shelley et sa mère se retrouvaient face au danger et je me suis sentie interpellée quand elles ont souffert de stress post-traumatique.  Même si je n'approuve pas le fait de répondre à la violence par la violence, je crois que n'importe quel individu confronté à cette dernière peut réagir de manière totalement imprévisible, que ce soit en chat ou en souris...

Résumé et couverture : Fnac

jeudi 19 juillet 2012

Les âges sombres♥

Auteur : Karen Maitland
Éditions : Sonatine (2012)
Nombre de pages : 672

Résumé : 1321. Les habitants d’Ulewic, une petite cité isolée de l’est de l’Angleterre, sont sous le joug de leur seigneur et de l’Église, celle-ci ayant supplanté, depuis quelques années, le paganisme qui régnait dans la région. Non loin du village s’est installée une petite communauté chrétienne de femmes, des béguines originaires de Belgique. Sous l’autorité de sœur Martha, elles ont jusqu’alors été assez bien tolérées. Mais les choses commencent à changer. Le pays connaît en effet des saisons de plus en plus rigoureuses, les récoltes sont gâchées, les troupeaux dévastés et le besoin d’un bouc émissaire se fait sentir. Neuf hommes du village, dont on ignore l’identité, vont profiter de la tension qui commence à monter pour restaurer un ordre ancien et obscur. Renouant avec de terribles rites païens, usant de la terreur, du meurtre et de la superstition, ils vont s’en prendre aux béguines, qui devront les démasquer et élucider les secrets du village avant que la région ne soit mise à feu et à sang.

Mon avis :

Dans le Moyen-Âge qui nous est présenté dans le roman Les âges sombres, on est bien loin des valeureux chevaliers, des belles dames et de l'amour courtois.  Karen Maitland nous décrit l'époque médiévale dans ce qu'elle a de plus sombre et de plus répugnant.  Un temps où les règles les plus élémentaires d'hygiène étaient inconnues, où la superstition religieuse régnait et où les apparences étaient la réalité.  Vous étiez ce que vous paraissiez être.

Les pauvres étaient soumis à leur seigneur, à l'Église et à la loi du monarque.  Ils avaient toutes sortes de charges et de redevances à payer à ceux qui leurs étaient "supérieurs", certaines étant aussi absurdes et révoltantes que l'écot de l'âme, une sorte de taxe sur les enterrements.  Vous ne pouviez pas payer le prêtre?  Alors vous n'étiez tout simplement pas enterré selon les rites et en terre consacrée!

Tout dans ces temps obscurs était basé sur la simple survie.  On gardait et on réparait tout.  On récupérait même les effets des défunts, car ils pouvaient toujours resservir.  Les paysans dépendaient des caprices de la nature.  Une mauvaise récolte, une sécheresse, une maladie du bétail et leurs vies pouvaient basculer dans l'indigence et la mort.  Où alors chercher de l'aide et une certaine protection?  Comment ne pas se tourner vers les anciens rites païens, qui vous donnaient l'impression d'avoir une certaine influence sur votre sort?

C'est dans ces conditions de vie extrêmes que Karen Maitland campe l'intrigue de son roman.  En plus des habitants du village d'Ulewic, elle nous parle d'une étrange communauté féminine qui s'est installée à l'extérieur du hameau.   Ces femmes étaient appelées des béguines.  Dans ses notes historiques à la fin du roman, K. Mailtand nous explique ce qu'elles sont :

«C'est dans ce contexte que vit le jour en Europe un mouvement singulier, bientôt connu sous le nom de Communautés de béguinage.  Des milliers de femmes, refusant de se marier ou de prendre le voile, commencèrent à s'organiser en communautés exclusivement féminines.  Elles travaillaient les champs et assuraient elles-mêmes leur subsistance grâce à la pratique de divers artisanats, notamment celui de la vannerie.  Elles commerçaient, établissaient des hôpitaux, pourvoyaient à l'éducation des jeunes filles et écrivaient beaucoup. Elles prêchaient ouvertement, dans les rues des villages, traduisaient la Bible dans la langue profane du pays où elles se trouvaient, bien avant que l'Église elle-même ne s'en charge officiellement, et lorsqu'elles étaient excommuniées, ces femmes catholiques endossaient le rôle des prêtres, s'administrant les sacrements les unes aux autres et à quiconque se voyait répudié par l'Église.  Elles ne prononçaient aucun voeu, excepté celui du célibat pour toute la durée de leur séjour dans le béguinage, qu'elles étaient libres de quitter quand bon leur semblait.» (P.663-664)

Le roman se partage en plusieurs points de vue, presque exclusivement féminins.  Et plusieurs de ces narratrices sont des béguines.  Je connaissais déjà ce mouvement séculier, mais j’ai été fascinée par la description que l’auteure en fait.  Ces béguines étaient des femmes autonomes, fortes, déterminées, capables d’empathie et de compassion et pour la plupart, instruites.  Elles dérangeaient, ces béguines qui vivaient de façon indépendante d'un mari ou de l'Église, qui osaient penser tout haut et qui en plus, osaient s'arroger des prérogatives d'hommes et surtout de religieux!  On pensait qu'elles étaient des p*tains, des sorcières et des hérétiques.  Il fallait les éradiquer avant que leur impiété ne se répande comme une maladie contagieuse!  Pour les villageois, il n'y avait pas de problèmes avant l'arrivée des béguines, alors elles sont la cause de tous leurs malheurs.

Karen Maitland a créé une palette de personnages féminins exceptionnels, qui ont tous un petit quelque chose d’attachant.  Elles possèdent toutes une vraie personnalité, en plus d’être extraordinairement humaines, avec leurs faiblesses et leurs croyances.  J’ai éprouvé beaucoup de tendresse pour Servante Martha, Guérisseuse Martha, Osmanna, Béatrice, Pègue et Pisseflaquette. 

Karen Maitland laisse aussi beaucoup de place à la foi pétrie de superstitions et aux croyances de ces âges sombres.  Les problèmes que pouvaient vivre les gens avaient toujours une origine surnaturelle et une justification diabolique.  Alors que l'Église semble impuissante à les protéger de toutes ces calamités qui s'abattent sur eux, les habitant d'Ulewic se tournent vers les Maîtres-Huants.  Ils ont l'impression que les membres de ce cercle obscur, qui pratique un genre d'occultisme, seront à même de les protéger et de les favoriser.  Sauf que ceux-ci, aidés d'une terrible créature volante, née du folklore et de la magie des anciens dieux, font régner un ordre cruel, basé sur la violence et la terreur.  Leur aide coûtera cher aux villageois.

Cette incursion du surnaturel dans le roman n'est pas déplacée et amène même un certain suspense.  Karen Maitland possède une écriture limpide, élégante et efficace, qui vous fait bien imaginer tout ce qui vous est décrit et qui vous accroche dès le départ.  Cet antagonisme entre le village, le prêtre Ulfrid, les Maîtres-Huants et les béguines va aller en augmentant alors que les cataclysmes déferlent les uns après les autres.  Et cela fera ressortir le pire chez la plupart des personnages, alors que l'adversité révélera chez d'autres leur courage et leur grandeur d'âme.

Mon Dieu! que j'ai aimé lire ce roman et comme vous vous en doutez, c'est un gros coup de pour moi.  Et pour paraphraser Gustave Flaubert*, on peut juger de la qualité d'un livre à la longueur du temps qu'il vous a habité et qu'on met ensuite à en revenir.  Tout au long de ma lecture du roman Les âges sombres de Karen Maitland et aussi pendant le temps où je ne le lisais pas, ses personnages et son histoire m'ont accompagnés, j'y pensais sans cesse.  C'est un roman d'une grande qualité, qui vous fera voyager dans le passé, vous donnera le frisson avec son portrait de la grande noirceur médiévale et de ses superstitions et dont vous n'oublierez pas de sitôt les personnages féminins.  Karen Maitland se révèle une grande écrivaine, qu'il faudra surveiller très attentivement.  Je rends les armes face à son talent!
 
*«On peut juger de la beauté d'un livre, à la vigueur des coups de poings qu'il vous a donnés et à la longueur de temps qu'on met ensuite à en revenir.»

Couverture et résumé : Sonatine

dimanche 8 juillet 2012

Avant d'aller dormir♥

Auteur : S. J. Watson
Éditions : Sonatine (2011)
Nombre de pages : 400

Résumé : À la suite d'un accident survenu une vingtaine d'années plus tôt, Christine est aujourd'hui affectée d'un cas très rare d'amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu'elle a en fait 47 ans et qu'elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu'elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Très vite elle va devoir remettre en question ses rares certitudes afin de faire la vérité sur son passé... et sur son présent. 
Mon avis :

Vivre un jour à la fois.  Repartir à zéro.  Ces expressions populaires prennent un sens cruel et ironique pour Christine Lucas dans le roman Avant d'aller dormir.  Cette Anglaise de 47 ans se réveille chaque matin en ayant oublié qui elle est, où elle est, quel âge elle a et qui est cet étranger qui dort à côté d'elle, c'est-à-dire son mari.  À chaque lever du jour, elle doit reconstruire son identité et arriver à vivre 24 heures en devant tout réapprendre ce qu'elle sait.  Mais pas ce dont elle se souvient, car elle ne se rappelle de rien, suite à un accident et elle doit se fier sur ce que lui dit son mari Ben et quelques photos qui lui sont restées après un incendie qui aurait brûlé tous ses biens.  C'est avec beaucoup de difficulté qu'on peut arriver à imaginer l'angoisse, sinon la terreur et le sentiment de confusion, je dirais même de néant qu'on peut éprouver face à une telle situation.

Et je dois vous dire que l'auteur d'Avant d'aller dormir nous transmet de façon magistrale le drame récurrent que vit cette femme et toute la gamme d'émotions par laquelle elle passe.  Un médecin la contacte alors en lui proposant de l'aider.  Elle commence alors à tenir un journal quotidien pour pouvoir être à même de garder une trace de ses faits et de ses pensées pour être à même de recréer un lien entre ses journées et ses souvenirs qui puissent lui servir de mémoire et de par ce fait même, de semblant de vie.  Et chaque jour, petit à petit, elle se redécouvre elle-même, se remémore des petits et grands moments de sa vie, se rappelle qu'elle a eu un fils, etc.  Mais bizarrement, elle cache ses visites au docteur et son journal (où elle a écrit qu'elle ne pouvait lui faire confiance) à son mari, qui semble minimiser ce qu'elle vit et ne pas vouloir qu'elle entreprenne d'autres traitements, de peur d'échouer.  Et il semble que ce traitement commence à faire effet, car même si elle ne souvient toujours pas, elle a de plus en plus de flashbacks et son identité intérieure se fait moins fuyante.

Christine est complètement isolée de par son amnésie, ne se rappelant pas d'un jour à l'autre, qu'elle a un époux, qu'elle a eu un fils, une grande amie, etc.  Elle ne sait pas à qui se fier, sinon à son journal.  Et comme le dit la quatrième de couverture, quand elle commence à remarquer des différences entre ce que lui disent son médecin et son mari et ce qu'elle écrit dans son journal, elle décide d'aller plus loin.  En même temps, elle dépend entièrement de son mari.  Que va-t-il lui arriver si elle ne peut plus se fier à lui?  Elle doit donc se prendre en main et affronter les fantômes de son passé, même si c'est douloureux.

J'ai complètement adhéré à cette histoire et totalement partagé les questionnements et les émotions de Christine Lucas.  Je me suis posée beaucoup de questions sur ce que pourrait être une vie sans nos souvenirs et je me suis aperçue que sans eux, nous ne sommes rien.  Ils sont le matériau même de notre identité et leur continuité nous permet d'évoluer dans la vie.  On pourrait même dire : j'existe parce que je me souviens.  S. J. Watson possède l'art de faire monter lentement la tension jusqu'au paroxysme.  Je tournais avidement les pages du roman et je voulais savoir ce qui allait arriver à Christine.  

La fin m'a totalement bluffée, je ne l'ai pas vue arriver, je ne m'attendais pas à cela du tout et en même, l'explication m'a satisfaite.  C'est un roman totalement psychologique, que l'on savoure jusqu'à la dernière ligne.  Pour son suspense psychologique, son héroïne courageuse et son idée centrale originale, ce fut un coup de coeur.  Le tout est simple, mais efficace.  Et le fait que ce soit un homme qui raconte dans la peau d'une femme est assez crédible.  J'en suis sortie repue comme après un bon repas!

Citation : «Je n'arrive pas à imaginer comment je supporterai de découvrir que ma vie est derrière moi et qu'il n'en reste pas une trace.  Pas de coffre aux trésors plein de souvenirs, pas la moindre richesse issue de l'expérience, pas de sagesse accumulée à transmettre.  Que sommes-nous d'autre que la somme de nos souvenirs?» P. 185

(Lu il y a un bout)
     
Couverture et résumé : éditions  Sonatine

samedi 30 juin 2012

Siècle bleu tome 2, Ombres et Lumières

Auteur : Jean-Pierre Goux
Éditions : JBZ & Cie (mai 2012)
Nombre de pages : 560

Résumé : Traqué au coeur du pays navajo, Abel Valdés Villazón, le leader du groupe écologiste Gaïa, révèle un mensonge d'État effroyable et espère ainsi provoquer la chute du gouvernement américain. Mais ce secret dissimule un complot bien plus vaste qui implique Pékin et le milliardaire Cornelius Fox. La Maison Blanche, pour se défendre, lance toutes les forces du pays aux trousses de Gaïa tandis qu'une bombe atomique explose dans le désert du Nouveau-Mexique. Aidés par un mystérieux hacker et bénéficiant peu à peu du soutien de la population, Abel et sa femme Lucy se battent pour survivre et leur combat devient le symbole de l'opposition entre deux visions de l'Homme.

La Révolution bleue se met en marche. Les rêves d'une poignée d'individus suffiront-ils à infléchir la marche d'un monde au bord de l'effondrement?  Mafias, raréfaction des ressources naturelles, paradis bancaires, hacking, machinations d'État, menace nucléaire, Ombres et Lumières nous plonge dans les arcanes les plus secrètes de notre société.  Roman d'aventures, thriller écologique et manifeste révolutionnaire, Ombres et Lumières, deuxième volet de la saga Siècle Bleu questionne notre avenir et donne une fantastique leçon d'espoir.

Mon avis :

Je suis ambivalente suite à la lecture du deuxième tome de la série Siècle Bleu, Ombres et Lumières, de Jean-Pierre Goux.  Il y a certaines choses que j’ai beaucoup aimées et d’autres moins.  Le fait de ne pas avoir lu le premier livre de cette série n’est pas un frein à la découverte du deuxième opus, sauf peut-être au niveau de la mise en place de l’histoire et des personnages, mais encore là, il n'y a rien de majeur.

Gaïa est une organisation écologiste. Elle s’est donné comme mandat de percer certains secrets peu reluisants et les scandales existants au niveau des gouvernements. Elle veut alerter l’opinion publique et «réenchanter le monde».  Ayant révélé un de ces secrets du gouvernement américain, Gaïa, son leader Abel et son épouse Lucy deviennent les ennemis publics numéro un.

J’ai senti que l’auteur brûlait de nous transmettre son message urgent tout au long du roman.  Il nous invite à une prise de conscience et prône une véritable révolution des mentalités humaines, soit de re-connaître la beauté de notre planète afin de la rendre habitable pour tous de façon permanente.  Nous sommes en train d'en épuiser les ressources comme si elles étaient inépuisables, sans se soucier du lendemain.  Cette attitude est aussi aveugle et stupide que celle du capitaine qui déciderait de brûler le navire sur lequel il navigue et qui l'empêche de sombrer!

L'auteur semble avoir mené des recherches approfondies sur tous les sujets qui forment le coeur de son roman.  Même si certaines informations peuvent rebuter dans un premier temps, Jean-Pierre Goux nous les présente d'une façon claire et précise qui nous permet de bien les comprendre.  J'ai donc appris beaucoup de choses sur ces mafias internationales qui agissent dans l'ombre.  L'auteur démonte la mécanique cachée de la marche du monde et nous révèle les agissements occultes de ces organisations mafieuses.  Celles-ci ont étendu leurs tentacules dans tous les domaines économiques, même les plus licites.  Elles peuvent même gangréner l'économie d'un pays et le paralyser au point que sa gouverne leur tombe entre les mains!  Je me suis ouvert les yeux sur ce phénomène et ça fait peur!

D'un autre côté, j’ai trouvé que le message de l'écrivain primait sur la forme du roman.   Son style manquait de souplesse et peut-être de sentiment.  J’ai eu l’impression d'entrevoir le canevas d’écriture de l’auteur.  Chaque chapitre semblait présenter un jalon défini à l'avance dans le plan de  l'intrigue, comme les étapes d'un chemin déjà tracé sur une carte routière.  La personnalité des personnages ainsi que leurs motivations profondes étaient peu ou pas développées.  Chacun devenait un accessoire qui permettait l’avènement du but ultime de l’auteur. 

Toutefois, le roman est écrit de façon impeccable et j’ai été impressionnée par la qualité de la langue utilisée.  Le début du roman est émouvant.  Les passages avec l’astronaute Paul Gardner m'ont bouleversé.   Sa découverte de la petitesse de notre planète vue de la Lune métamorphose complètement sa façon de voir les choses et la nôtre aussi. Nous sommes tenus en haleine par le combat qu'il mène pour sa survie à cause des conditions inhumaines du satellite lunaire.  Le roman est aussi empreint de fantastique, ce que j'ai bien aimé.

J’ai donc été profondément touchée par le message de l'auteur et je crois que dans ce sens, il réussi son pari.  Je retiens donc de ma lecture d'Ombres et Lumières que ce roman nous offre une alternative rassembleuse et porteuse d’espoir face à une situation mondiale qui s'enlise dans une attitude aveugle et égoïste.  Je remercie le Club de Lecture et les éditions JBZ & Cie pour ce partenariat!