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mardi 24 juin 2014

Les couleurs de l'espoir

Auteure : Julie Kibler
Éditons : Belfond (2014)
Nombre de pages : 348

Résumé : Portée par un souffle romanesque exceptionnel, une magnifique histoire d'amitié, d'amour et de sacrifices; des années 1930 à nos jours, le portrait en creux d'une Amérique forgée dans les larmes, la violence et la ségrégation. 

Dorrie Curtis, jeune coiffeuse de Dallas, se demande encore ce qui l'a poussée à accepter la requête d'Isabelle McAllistair. Certes, Mlle McAllistair est une excellente cliente, mais de là à entreprendre un si long périple, du Texas à l'Ohio, pour la conduire à de mystérieuses funérailles... Et pourtant, sur la route, va se lier entre l'énergique mère célibataire afro-américaine et la digne vieille dame de quatre-vingt-neuf ans une amitié d'autant plus belle qu'elle était encore improbable il y a peu.  

À mesure que défilent les États du Vieux Sud, Isabelle se confie : l'histoire d'une jeune fille éprise de liberté; d'une famille bourgeoise engoncée dans ses certitudes; d'une passion aussi forte qu'interdite sur ces terres rongées par le racisme, et dont l'écho résonne encore douloureusement...  Quelle est la véritable raison de ce voyage? Que cachent les silences d'Isabelle? Et si, malgré leurs différences, les deux femmes avaient plus en commun qu'elles ne le croyaient?

Mon avis :

Autant vous en aviser dès maintenant, ce roman est dans la même veine que La couleur des sentiments de Kathryn Stockett et Les larmes noires de Mary Luther d'Anna Jean Mayhew, que j'ai déjà lus.  Il traite donc des difficiles relations entre les Noirs et les Blancs dans le sud des États-Unis, de racisme, de violence, mais aussi d'amour et d'amitié .

J'ai adoré ma lecture, car il s'agit non seulement d'une belle, grande et déchirante histoire d'amour impossible entre la jeune Blanche, Isabelle et le jeune Noir, Robert, mais aussi de l'histoire d'une belle amitié entre cette Isabelle devenue vieille dame et sa coiffeuse afro-américaine, Dorrie.

Pendant un voyage en voiture qui doit mener les deux femmes de Dallas au Texas à Cincinnati, en Ohio, on découvre en même temps que Dorrie quel est le secret de mademoiselle Isabelle.  On assiste à la révolte de celle-ci contre sa mère autoritaire qui aimerait lui voir emprunter une route déjà toute tracée pour son avenir, son père si bon, mais si mou face à son épouse, ses deux frères aînés qui sont de vraies brutes.  Ainsi que son affection pour Cora, la bonne noire et sa fille Nell.  On assiste à l'éclosion de la passion entre la jeune fille et Robert, le fils de Cora et ce malgré qu'ils doivent se cacher, car les Noirs sont vus comme des moins que rien, des animaux.  Robert pourrait être battu et même tué pour avoir osé regarder une jeune fille blanche... On se révolte aussi contre ce racisme et cette ségrégation institutionnalisés.

L'auteure sait installer un bon suspense dans son histoire en alternant les points de vue de Dorrie aujourd'hui et celui d'Isabelle autrefois.  On reste captivé, accroché à l'histoire, car on veut en savoir davantage sur l'histoire d'amour entre les deux jeunes gens, sur ses conséquences et son dénouement qui hélas, dans cette Amérique ségrégationniste, ne peut être idyllique...

On apprend aussi à découvrir le personnage de Dorrie, qui élève seule ses deux adolescents et qui a peur d'aimer à nouveau.  C'est une femme courageuse, indépendante et dynamique à laquelle on s'attache, de même qu'à Isabelle qui est une vieille dame un peu grincheuse, mais adorable et aussi courageuse.

C'est un roman touchant et poignant, qui pourrait peut-être vous tirer quelques larmes.  Une belle leçon sur la tolérance et sur les différences que nous laissons peut-être souvent nous séparer des autres, alors que nous sommes tous des êtres humains, mais aussi sur le racisme qui est toujours latent et qui s'applique autant dans un sens que dans l'autre, mais aussi sur la difficulté de faire à nouveau confiance quand on a souvent été blessé par le passé.  La fin n'est pas exactement celle à laquelle je pensais, mais j'en ai quand même été satisfaite.

http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28338705.html

lundi 2 septembre 2013

Mes soeurs et moi


Auteur : Judith Lennox
Éditions : L'Archipel (2013)
Nombre de pages :  518

Résumé : À la veille de la Première Guerre Mondiale, à Sheffield, les quatre soeurs Maclise songent à leur avenir.  La belle et orgueilleuse Iris attend une demande en mariage qui tarde à venir; la passionnée et timide Marianne s'éprend d'un jeune homme d'affaires; la vive Eva souhaite partir à Londres pour devenir artiste, tandis que Clémence, la benjamine, doit rester à la maison pour prendre soin de leur mère.  La guerre et ses tragédies vont séparer les quatre soeurs.  Confrontées à des choix difficiles, elles doivent faire face à de nouvelles responsabilités, qui leur offrent petit à petit une indépendance dont elles n'imaginaient pas encore la saveur. Mais leurs destins ne ressemblent en rien à ce qu'elles avaient imaginé.  Se découvrant des ressources insoupçonnées, chacune lutte avec courage.  Mais le silence de Marianne, qui a suivi son époux en Inde, devient inquiétant.  Jusqu'à ce qu'une lettre leur parvienne, qui contient une pierre précieuse pour chacune des soeurs... Seront-elles à nouveau rassemblées?

Mon avis :

Un bonne grosse brique romanesque comme je les aime, qui nous amène à découvrir la vie de quatre sœurs dans l’Angleterre du début du XXe siècle.  Iris, Marianne, Eva et Clémence sont toutes attachantes à leur façon.  Iris l'aînée, qui, à trop attendre le prince charmant parfait, se retrouve obligée de devenir infirmière, pour ne pas être obligée de s’occuper de sa mère, qui par sa maladie, régente la vie de cette famille nombreuse.  Iris ne pensait jamais avoir à travailler, jusqu'alors elle n’avait toujours été que décorative, se souciant de belles toilettes et de qui sera son cavalier pour la prochaine danse.  Marianne, la cadette, croit en l’amour et le trouvera avec le bel Arthur.  Elle pense qu’elle ne peut pas vivre sans la protection d’un homme.  Son destin lui prouvera le contraire.  Eva, l'enfant du milieu, veut être libre et devenir artiste.  Elle s’éprendra d’un peintre marié, qui aime ses muses d’un peu trop près…  Et Clémence, la benjamine de quatre soeurs, doit quitter l’école pour s’occuper de leur mère.

Les héroïnes de ce roman présentent le peu de choix qui s’offraient aux femmes au début du XXe siècle alors que la société britannique est en pleine transformation.  L’auteure aborde brièvement le sort fait aux suffragettes à cette époque.  Il n’est alors pas facile, même pour les hommes, de se sortir du carcan des traditions pour mener une vie plus libre, plus conforme à leurs aspirations, leurs besoins et leurs sentiments, les apparences dictant tous les comportements à cette période.  La Première Guerre mondiale viendra bouleverser tout cela.  Comme les hommes manquent dans tous les domaines économiques, les femmes viendront prendre leur place.  Et les soeurs Maclise s'apercevront qu'elles sont plus fortes qu'elles ne le pensaient.  Ce tournant de l’histoire, entre ère victorienne et ère moderne, est un de mes préférées, alors que les mœurs commencent à changer et que les femmes veulent s'émanciper.

L’auteure nous décrit les sentiments de nos héroïnes, leurs difficultés pour s'affirmer, l’impact du changement de la société et de la guerre sur leurs vies et leurs relations amoureuses compliquées.  J’ai aimé plonger dans les pensées et les émotions, dans l’intimité de ces héroïnes.  L’auteure décrit bien la force des liens qui les unit.  Je viens d’une petite famille, j’aurais aimé connaître une telle situation, celle d’une famille nombreuse.

Les cent dernières pages étaient peut-être de trop, l’auteure semble accélérer son rythme d’écriture pour boucler la boucle de son histoire, mais ce désagrément est minime par rapport à la qualité de l'ensemble.  J'ai trouvé que ce roman était superbement écrit et carrément envoûtant.  Alors, si vous aimez vous plonger complètement dans une histoire, les personnages féminins émouvants, la possibilité de s’oublier pendant quelques heures de lecture, c’est le livre qu’il vous faut! 
  
Couverture et résumé L'Archipel

dimanche 2 juin 2013

Seuls les poissons

Auteur : Françoise Kerymer
Éditions : JC Lattès (2012)
Nombre de pages : 416 pages

Résumé : «Depuis mes seize ans, tous les jours de ma vie, je les ai traversés avec du vernis à ongles.  Rouge, crème, transparent, c’était selon, en fonction des modes et des époques. (…) Un de ces deniers matins, je me suis levée avec la certitude que le vernis, c’était fini pour moi.»
 
Marie se sent seule, inutile et dépassée.  Alex, son mari pianiste, est parti en Grèce pour composer, et leurs deux filles vivent leur vie : Elsa, jeune chercheuse en médecine, habite à New York, et Sarah élève seule son enfant depuis la disparition de son compagnon Gabriel.  La famille dispersée rencontre la solitude, le doute et cherche son équilibre. 

Mais lorsque le passé refait brusquement surface dans l'existence d'Elsa, tout bascule.  Les événements les projettent les uns vers les autres, troublant leur volonté de se frayer un chemin individuel.
 
De Paris à New York, de Corfou à la Bretagne, un récit polyphonique en quatre saisons.  Deux générations qui se cherchent, partagées entre les impératifs familiaux, leurs propres aspirations et un puissant désir de liberté.

Mon avis : 

Le roman Seuls les poissons est écrit de façon impeccable.  Françoise Kerymer possède une très belle plume, que j'ai trouvée pleine de profondeur, délicate et empreinte de poésie.  Je suis très sensible à la qualité d'une écriture et c'est ici une des forces du roman.

Et il y a les personnages.  Ils sont plusieurs et le récit emprunte tour à tour leur voix pour nous narrer cette histoire, d'abord féminine avec Marie, ses filles Sarah et Elsa ainsi que ses soeurs Lise et Anne.  Ces femmes sont à la fois fortes et faibles, liées très fortement entre elles par une grande complicité et une solidarité sans faille.  Et il y a aussi les hommes.  Alex, Carlos et Gabriel.  Eux, ce qui les distingue, c'est la musique et l'amour qu'ils lui portent.  J'ai beaucoup aimé les passages qui se déroulaient en Grèce, avec ces concerts improvisés qui apportent autant de plaisir aux musiciens qu'à ceux qui les écoutent.

Au niveau de l'intrigue, il n'y a pas de suspense dans ce roman.  On voyage à travers les émotions de tous les personnages, de façon intimiste.  J'ai aimé cette façon de faire, toute en douceur et en émotion.  Le pivot de cette histoire est le personnage de Gabriel, sa disparition qui a laissé un grand trou dans la vie et dans le coeur de tous ceux qui l'ont côtoyé.  Les personnages sont perdus, à la dérive, ne sachant pas trop à quoi se raccrocher.  Il y a aussi beaucoup de solitude chez eux, ils se cherchent.  Ils sont pris entre leur désir de liberté et le devoir qu'ils se font de prendre soin des autres.   La réapparition de Gabriel ne réglera pas tous les problèmes et n'apportera pas la délivrance escomptée.  

J'ai beaucoup aimé la place de la musique et de la mer dans cette histoire.  Cette dernière est omniprésente, de la Bretagne aux Antilles en passant par la Grèce.  Elle est violente et destructrice, elle fauche les existences, mais peut aussi bercer et panser les blessures, être porteuse de vie et de renaissance.  

Contrairement à d'autres lecteurs, j'ai été embêtée par la multiplicité des voix narratives. Je me suis sentie bousculée, je ne m'étais pas habituée à un personnage que déjà il me fallait changer pour un autre.  Je n'ai pas été confortable dans ce roman, en tout cas, je n'ai pas ressenti le besoin de me lover dans l'histoire, signe infaillible pour moi qu'un roman m'a profondément touchée et donc que je l'ai vraiment aimé.  J'aurais apprécié que l'auteure insiste davantage sur certains personnages, comme celui d'Elsa.  J'ai trouvé que la fin ne résolvait pas tout, qu'il restait beaucoup de blancs, même si certains protagonistes semblaient avoir retrouvé un semblant d'équilibre.  Peut-être une suite est-elle déjà prévue.

Si le Club de lecture n'avait pas mis ce roman sur mon chemin, je ne crois pas que je l'aurais choisi.  Pourquoi?  Tout simplement parce qu'il serait passé inaperçu dans la flot sans fin de nouveautés qui sont incessamment publiées.  Cela étant dit, je suis contente d'avoir lu ce livre et d'avoir rencontré une nouvelle auteure.  Seuls les poissons ne me laissera pas un souvenir impérissable, mais cette lecture s'est faite sous le signe de la douceur et de l'émotion.  

Je remercie le Club de lecture et les éditions JC Lattès pour ce partenariat.


 Mes défis littéraires

84. un corps ou quelque chose à proximité de l’eau
Couverture et résumé : JC Lattès

samedi 22 décembre 2012

Marraine ♥




Auteur : Hélène Koscielniak
Éditions : L'Interligne (2007)
Nombre de pages : 552 pages

Résumé : À l’insu de son mari Gilles, Normande, qui vit à Kapuskasing, s’inscrit à Secours aux Démunis, un organisme de charité qui parraine des enfants à travers le monde, et devient marraine de Jolino, un Dominico-Haïtien de dix ans.  Travaillant dans le domaine de la construction, Gilles doit se rendre, quelques mois après le début du projet secret de Normande, en République dominicaine, à titre d’invité d’un riche entrepreneur avec qui il fait affaire. 

Cette nouvelle suscite de l’excitation pour Normande qui y voit l’opportunité de rencontrer l’enfant qu’elle soutient et sa mère, Gabriella, avec qui elle entretient une correspondance assidue. Mais, ce qui peut sembler chose acquise pour le Nord-Américain peut vite prendre le chemin du cauchemar ailleurs... Bien qu’étant un personnage résolu à affronter tout obstacle, Normande réussira-t-elle à concrétiser son rêve ? Comment faire et où trouver l’aide dont elle a besoin pour mener à bien son grand projet, à l’insu de son mari ? 

Mon avis :

Il est extrêmement rare que je relise un roman parce que je possède une bonne mémoire et que je me souviens toujours de l'histoire.  Alors pour que je relise le roman Marraine d'Hélène Koscielniak, il me fallait une bonne raison, soit la publication de la suite de ce roman, intitulée Filleul.

À l’époque, en 2008, Marraine avait été un énorme coup de cœur pour moi.  Suite à ma relecture, mon ressenti est toujours le même.  Hélène Koscielniak a écrit une histoire terriblement émouvante et intéressante.  Elle nous fait découvrir la terrible réalité des Haïtiens qui travaillent dans les champs de canne à sucre en République dominicaine et qui y vivent dans des conditions de dénuement dignes de leurs ancêtres esclaves.

Ensuite, elle a inventé des personnages complets et tellement vivants.  Je me suis attachée à Normande, cette femme dans la quarantaine qui, pour combler le vide de sa vie de femme mariée sans enfants et sans réels besoins financiers, décide d'adopter un enfant pauvre résidant en République dominicaine et ce, à l'insu de son mari Gilles.  

Elle arrive à surmonter son manque de confiance en elle et développe des trésors d'ingéniosité pour gagner l'argent qui servira à aider Jolino et sa famille.  De même, Gabriella, la mère de Jolino, est une femme fière et courageuse, qui arrive à élever sa famille, malgré le manque d'argent et de ressources.  Et que dire de Jolino?  Ce petit bonhomme de dix ans au début du roman, sérieux et responsable, qui fera tout pour aider sa mère à s'occuper de ses frères et sœur, a gagné mon affection.  Les femmes sont les véritables héroïnes de Marraine et le pilier de leur famille.  Les deux femmes développeront une amitié profonde, qui se révélera à travers une très belle correspondance.

Hélène Koscielniak possède une très belle plume, empreinte de tendresse envers ses personnages, profonde dans la narration des problèmes sociaux et merveilleusement évocatrice dans la description des paysages dominicains.  Elle sait faire naître l'émotion chez son lecteur.  Le roman possède l'authenticité dont on peut s'attendre d'une première oeuvre, avec peut-être quelques petites maladresses de style et une certaine facilité dans la résolution des difficultés que rencontrent le personnage de Normande.    

Malgré cela, Marraine est un véritable bijou et Madame Koscielnak possède un réél talent d'auteur qui ne pourra que se bonifier avec les années.  Je lirai Filleul avec impatience afin de retrouver ces personnages qui me sont devenus aussi chers que des amis ainsi que la si belle écriture d'Hélène Koscielniak.

dimanche 9 septembre 2012

Les larmes noires de Mary Luther

Auteur : Anna Jean Mayhew
Éditions : Balland (2012)
Nombre de pages : 381

Résumé : Août 1954, Caroline du Nord. Jubie, 13 ans, se réjouit des vacances qui s'annoncent : elle part pour la première fois sans son père. Tandis que Paula, sa mère, s'installe au volant de la Packard familiale, Mary, la bonne noire, est reléguée à l'arrière, avec les enfants.

Un long périple commence, qui va conduire la famille à travers les États sudistes où la ségrégation fait rage. En Floride, alors que les enfants se baignent dans l'océan, Mary reste en retrait. Ici, il est interdit aux Noirs de se baigner. À l'hôtel, au restaurant, aux toilettes, Mary doit se faire toute petite et supporter les humiliations. Jubie prend peu à peu conscience de ces injustices qui font écho à sa propre vie, aux coups qu'elle reçoit de son père dans l'indifférence maternelle. Un père brutal et farouchement opposé à l'idée que les Noirs obtiennent des droits civiques.

À mesure que la voiture s'enfonce dans ces terres gorgées de haine et d'intolérance, la tension devient plus palpable... jusqu'à ce que le drame éclate. Un drame dont Jubie ne sortira pas indemne.

Mon avis :

Les larmes noires de Marie Luther m'a fait irrésistiblement penser à La couleur des sentiments.  On y retrouve aussi une famille blanche aisée du Sud des États-Unis qui emploie une femme noire pour s’occuper de la maison et des enfants.  C'est un très bon roman, mais selon moi, il ne possède pas l’ampleur et la profondeur, disons sociologique, de La couleur des sentiments.

Dans la famille Watts, c’est la domestique, Mary, qui prend soin de l’intérieur et des quatre enfants : Stell, Jubie, Puddin et Davie.   L’histoire nous est racontée du point de vue de Jubie, 13 ans.  Ses parents ne semblent plus s’aimer beaucoup et quand Jubie fait un mauvais coup, son père la bat - il est aussi alcoolique et coureur de jupons.  La mère de Jubie n’intervient pas vraiment et passe son temps à prendre soin d’elle-même.  C’est donc vers Mary que Jubie se tourne pour trouver un peu d’amour et de réconfort.

C'est durant un voyage en voiture avec sa mère, ses sœurs et frère et Mary, que Jubie prendra conscience de la ségrégation, de la violence et du mépris dont sont victimes les Noirs.  Et c’est à travers ses yeux, avec une horreur grandissante, que nous en serons aussi les témoins.  De l’indifférence des uns à l'égard des Noirs, comme s’ils faisaient partie des meubles jusqu' à la volonté malfaisante de les éliminer purement et simplement.  Par exemple, Mary doit voyager à l’arrière de la voiture, elle a ses propres couverts, elle doit utiliser d’autres toilettes et dormir ailleurs que ses patrons.  L’auteure nous raconte le tout avec beaucoup de sensibilité.  Et on voit que Jubie commence à penser différemment des autres, même si elle est quand même influencée par l’attitude dominante. 
 
Et quand le drame arrive, la famille de Jubie éclate.  L'adolescente découvre le véritable visage de son père.  Celui-ci est un petit escroc raciste qui détournait l’argent de sa compagnie pour financer une organisation analogue au KKK et dont l’incompétence dans la construction d’un plongeoir a causé la mort d'un adolescent.  En plus, il tripotait la fille de Mary.  Il n'est vraiment pas sympathique!  Et ce n'est qu'après la disparition de Mary que Jubie s’aperçoit que la domestique était le véritable ciment de sa famille.  Pour montrer son amour à Mary, elle posera un acte de rébellion éclatant!  La mère de Jubie commencera aussi à se réveiller et à se prendre en main.

J'ai beaucoup aimé le personnage de Mary et j'aurais aimé qu'elle soit plus présente dans l'histoire.  Je l'ai trouvée très courageuse.  Elle prend soin de la famille Watts, en plus de sa propre famille.  Elle ne fait pas que le ménage, elle aime aussi cette famille et veille sur eux, un peu comme une mère.  Elle ne réplique jamais alors qu'elle se fait constamment humiliée.  Mais il sera trop tard quand tous se rendront compte de la place qu'elle occupait dans leur coeur.  L’auteure parle de Mary avec beaucoup de tendresse. 

Au début du roman, le personnage de Jubie est un peu agaçant, car elle est une adolescente qui se plaint facilement.  Mais l'histoire avançant, elle devient plus attachante, en même temps qu'elle s’éveille au monde et à l’amour.  On sent qu'elle sera probablement une jeune femme qui sera capable de voir au-delà des apparences et de prendre des risques, pour affirmer qui elle est et qui elle aime vraiment.  On peut donc en conclure que j'ai beaucoup aimé ce premier roman, écrit par une dame âgée de 71 ans.  Je ne peux que lui lever mon chapeau.  Son roman est fort réussi et très émouvant.  Et sa couverture est superbe, on dirait une Madone à l'enfant noire!

 
 Couverture et résumé : gibertjoseph.com

lundi 9 avril 2012

Les enquêtes de M. de Mortagne, bourreau

Tome 1 : Le brasier de justice
Auteur : Andrea H. Japp
Édition : Flammarion (2011)
Nombre de pages : 412

Résumé : XIVe siècle.  Une province de France apeurée. Des enfants assassinés sans que nul ne parvienne à déjouer les manoeuvres du meurtrier. Comment arrêter ces crimes abominables ? Qui osera s'atteler à cette tâche redoutable ? Hardouin cadet-Venelle, un être différent au masque de cuir noir, dont la mort est le métier, s'y risquera-t-il ? Qu'il soit bourreau l'aidera-t-il pour mener l'enquête ? Comment concilier cette soif de vérité et le fait qu'il torture et tue au nom de la loi ? Les voix qui le hantent proviennent-elles des ténèbres où errent ses victimes ? L'une d'elles, Marie de Salvin, jeune femme éblouissante qu'il a brûlée vive, ne le quitte plus.  Quant à Evangeline, exécutée pour meurtre, découvrira-t-il la preuve posthume de son innocence ? Des interrogations auxquelles il devra répondre dans un face-à-face de feu et de sang. Une quête qui le conduit à perdre son âme en tentant d'obtenir justice pour celle des autres. Le Brasier de Justice est la première aventure de cadet-Venelle, bourreau du Moyen Âge cherchant à rétablir la justice de Dieu quand celle des hommes vacille.

Mon avis :

Il me semble qu'Andrea H. Japp ne soit pas une auteure dont on parle beaucoup sur la blogosphère, mais je peux sûrement me tromper - n'ayant pas parcouru les millions de kilomètres que peut faire celle-ci!

Cela étant dit, Andrea H. Japp est un écrivain prolifique qui donne principalement dans deux genres littéraires : le policier et l'historique, les deux se mêlant très souvent.  Ces derniers temps, elle a entamé deux nouvelles séries d'enquêtes se déroulant au Moyen-Âge, Les mystères de Druon de Brévaux, dont j'ai lu et aimé la première aventure - Aesculapius et enfin, celle des Enquêtes de M. de Mortagne, bourreau de son état.

Ceux qui m'ont lu plus d'une fois savent que j'ai une passion pour l'histoire et plus particulièrement pour le Moyen-Âge.  Et Andrea H. Japp excelle dans l'art de décrire les manières de vivre des gens de cette époque, qu'ils soient d'origine humble ou non.  Ses romans historiques débordent littéralement de détails qui font que nous avons l'impression de nous y promener, sons, odeurs et images compris.  Sans être historienne, disons que les recherches que madame Japp a menées sont très solides et crédibles.  En bas de page, elle ajoute constamment des explications et des informations qui viennent compléter de manière parfaite l'intrigue qu'elle a imaginée.  Et qui font absolument trépigner la "groupie historique" que je suis, si je puis m'exprimer ainsi.

La principale originalité - et le principal intérêt - du roman Le Brasier de justice est de nous présenter la profession de bourreau telle qu'elle était au Moyen-Âge.  J'ai appris énormément de choses sur ce métier, que je ne connaissais pas du tout.  Les bourreaux étaient traités comme des parias et vivaient à l'écart du restant de la société.  À un point tel qu'ils devaient se marier entre "gens de même profession" et que le titre de bourreau se passait de père en fils.  Malgré cela, on les voyait comme un mal nécessaire, car il fallait bien que la justice soit rendue et personne d'autre ne voulait se salir les mains à faire ces basses besognes.

Dans le roman d'Andrea H. Japp, le personnage d'Hardouin cadet-Venelle est un homme riche et puissant, malgré son métier qu'il doit pratiquer dans l'anonymat le plus complet - il officie masqué.  À force de commettre toutes ces tortures et ces exécutions, il en est venu à en être complètement détaché.  Il ne se sent pas coupable, car il fait au nom de - et pour - la loi.  Il est un homme entièrement libre sur le plan moral, dans le sens qu'il n'a aucun scrupule à tuer, mais il n'est pas devenu un pur criminel pour autant.  Cependant, après avoir exécutée une dernière jeune femme, il se met à être hantée par celle-ci et à éprouver des remords.  Il décide d'enquêter sur les circonstances qui ont entouré sa mort.  Sur son chemin, il rencontrera un abominable tueur d'enfants et fraiera avec les puissants du royaume de France d'alors.

Le personnage de cadet-Venelle n'est pas particulièrement attachant, même si on finit par développer une certaine forme de sympathie envers lui, car il se révèlera plus humain que l'on ne s'y attendait.  L'enquête qu'il mène est plutôt banale et conduite assez légèrement, pour se conclure rapidement.  En tout cas, la lectrice de polars que je suis n'a pas été du tout convaincue.  Je me répète, mais ce roman est fascinant surtout pour les amateurs d'histoire médiévale et retiendra peut-être l'attention des autres lecteurs par la singularité de son personnage principal, un bourreau qui décide de rendre justice lui-même.  Mais cela ne m'empêchera pas de lire les prochains livres de cette série et de celle de Druon de Brévaux, meilleure et mieux achevée à mon sens.  Car je suis définitivement une fan d'Andrea H. Japp!

  Catégorie Lieu

Source image et couverture : Renaud-Bray

samedi 21 janvier 2012

L'Apothicaire♥

Auteur : Henri Loevenbruck
Éditions : Flammarion (2011)
Nombre de pages : 603

Résumé : « Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était à la fois le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes que l’on pût trouver dans le pays tout entier. »

Un matin de janvier, cet homme érudit découvre dans sa propre maison une pièce qu’il avait oubliée – une pièce que tout le monde avait oubliée. Rapidement, il comprend que vivait jadis ici une personne qui partageait sa vie, mais qui, à présent, a mystérieusement disparu de toutes les mémoires.  L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel, pourchassé par l’Inquisiteur de France, décide alors de partir à la recherche de son propre passé, de Paris à Compostelle, et de Compostelle au Mont Sinaï…

Mon avis :

Voilà le livre qui m'a réconcilié avec l'écriture de billets littéraires, peut-être parce qu'il sort de l'ordinaire.  Tout à la fois roman historique, ésotérique, initiatique, philosophique et même guide de voyages, l'Apothicaire repésente bien plus que la somme de ses parties.  Il emporte totalement mon adhésion de par sa qualité. 

Le roman se divise en deux parties.  La première suit l'apothicaire parisien Andreas Saint-Loup, alors que celui-ci découvre des mystères dans sa vie quotidienne que sa raison souveraine ne peut ni comprendre, ni expliquer.  Alors qu'il prend sous son aile le jeune Robin, le voilà obligé de fuir parce que l'Inquisition l'a dans sa mire.  D'autre part, nous faisons connaissance avec Aalis, une jeune Occitane qui rêve d'un destin différent de celui de fille de drapiers et qui prend un bien terrible moyen pour s'en libérer.

Andreas Saint-Loup, le personnage principal, est unique en son genre.  C'est un homme amoureux de la connaissance et de la compréhension et il les recherche partout où qu'elles soient.  Il place la raison au-dessus de tout.  Il est homme de réflexion et non d'action.  Il abhorre les vaniteux et les imbéciles et pourfend de sa logique et de ses sarcasmes, les religieux et les politiques, qui trop souvent, veulent penser à notre place et nous dicter notre façon de vivre.  Mais avec ses proches, il sait faire preuve d'une tendresse bourrue et d'une loyauté sans faille.

L'auteur utilise un style presque alambiqué pour s'exprimer dans ce roman, ce qui colle très bien à l'époque de l'histoire.  Mais attention, l'usage d'expressions tirées de l'ancien français, l'emploi de longues phrases et de digressions et le fait qu'il émaille son texte de citations latines pourraient peut-être en décourager certains, amateurs d'une écriture plus limpide et directe.  Mais moi, cette manière de faire m'a charmée de par l'érudition qui l'imprègne.  Cela donne au roman une voix unique et personnelle.

Le voyage d'Andreas et de Robin, son jeune apprenti, en est un d'apprentissage et cela a été la même chose pour moi, tant j'ai appris de choses dans différents domaines.  Sans parler que j'ai adoré les descriptions des remèdes préparés par l'apothicaire, un de mes dadas personnels!  Ma lecture aurait pu être alourdie avec tout ce que je vous ai dit jusqu'à maintenant, mais il n'en est rien.  Du fait de l'humour employé par l'auteur et parce qu'il s'adresse directement au lecteur à plusieurs reprises, il se crée une connivence entre les différents protagonistes du roman, dont nous faisons partie.

N'ayons pas peur des mots, ce livre est un coup de coeur!  On y trouve plus que le simple texte qu'on peut y lire de prime abord, car il fait beaucoup réfléchir.  Il faut prendre le temps de lire ce roman et de le laisser décanter.  Ce n'est pas le premier opus que je lis d'Henri Loevenbruck, mais à ce jour, il est mon préféré.  L'Apothicaire nous livre une belle réflexion sur la valeur de la littérature et de l'apprentissage, sur la tolérance et l'amour.  Merci beaucoup Monsieur Loevenbruck pour cette quête extraordinaire dont je me souviendrai longtemps avec émotion!  

 Catégorie Métier
 Couverture et résumé : Flammarion

jeudi 10 novembre 2011

Le mage de la montagne d'or

Auteur : Alexandre Lévine
Éditions : Artalys (2011)
Nombre de pages : 344

Résumé : Un étrange mage du nom de Wärsani se rend à la cour d'Yssourak, le souverain du vaste royaume du Tourpana, où, usant de ses pouvoirs magiques, il enlève la favorite du roi. Quelques jours plus tard, une jeune fille à la sublime beauté se présente. Elle dit s'appeler Astarya et être la fille du mage. D'après elle, Wärsani a acquis l'immortalité, et tant de pouvoirs que les dieux eux-mêmes ne sauraient le vaincre. Il est devenu le Seigneur des Ténèbres. Astarya propose néanmoins de protéger Yssourak contre celui qu'elle assure être son père. L'offre est tentante, mais qui est vraiment Astarya ? Le roi s'apprête-t-il à introduire dans son palais une alliée ou bien une vipère au service de Wärsani ? Astarya ne le cache pas : c'est la vie du roi qui est en jeu. Et insensiblement, les forces des Ténèbres commencent déjà à étendre leur emprise sur le royaume.

Mon avis :

Alexandre Lévine est un auteur dont on perçoit l'érudition à travers la richesse des descriptions qu'il utilise dans son récit.  On peut y déceler comme un parfum d'Orient,  l'opulence et la magie des contes des Milles et une nuits.  Il possède presque un talent d'orfèvre, un style ouvragé comme une parure de pierres précieuses.  Cependant, cette qualité d'écriture n'a pas été suffisante pour que je mène mon voyage jusqu'à son terme. 

Je me suis perdue dans cette profusion de détails, j'ai perdu le fil conducteur de l'histoire, comme on s'égare en forêt, quand le chemin qui nous menait a soudain disparu.  De même, je n'ai pas compris les motivations et les agissements des différents protagonistes de l'histoire.  Je n'ai pas été capable de m'identifier aux personnages, même féminins.  Sans cette reconnaissance intime, je suis incapable d'apprécier pleinement un roman.

J'aime habituellement les ouvrages qui mêlent magie et mythologie, mais dans le cas du Mage de la Montage d'Or, je n'ai pas été conquise.   Je ne devais pas être dans le bon état d'esprit pour le lire.  Néanmoins, il ne s'agit que de mon seul avis et vous trouverez sur le Net les opinions de nombreux autres lecteurs qui ont aimé ce roman.   À vous de voir alors si vous aurez envie de tenter l'aventure à votre tour!

Je voudrais remercier Monsieur Alexandre Lévine et
pour ce partenariat
Couverture et résumé : Amazon