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mardi 24 juin 2014

Les couleurs de l'espoir

Auteure : Julie Kibler
Éditons : Belfond (2014)
Nombre de pages : 348

Résumé : Portée par un souffle romanesque exceptionnel, une magnifique histoire d'amitié, d'amour et de sacrifices; des années 1930 à nos jours, le portrait en creux d'une Amérique forgée dans les larmes, la violence et la ségrégation. 

Dorrie Curtis, jeune coiffeuse de Dallas, se demande encore ce qui l'a poussée à accepter la requête d'Isabelle McAllistair. Certes, Mlle McAllistair est une excellente cliente, mais de là à entreprendre un si long périple, du Texas à l'Ohio, pour la conduire à de mystérieuses funérailles... Et pourtant, sur la route, va se lier entre l'énergique mère célibataire afro-américaine et la digne vieille dame de quatre-vingt-neuf ans une amitié d'autant plus belle qu'elle était encore improbable il y a peu.  

À mesure que défilent les États du Vieux Sud, Isabelle se confie : l'histoire d'une jeune fille éprise de liberté; d'une famille bourgeoise engoncée dans ses certitudes; d'une passion aussi forte qu'interdite sur ces terres rongées par le racisme, et dont l'écho résonne encore douloureusement...  Quelle est la véritable raison de ce voyage? Que cachent les silences d'Isabelle? Et si, malgré leurs différences, les deux femmes avaient plus en commun qu'elles ne le croyaient?

Mon avis :

Autant vous en aviser dès maintenant, ce roman est dans la même veine que La couleur des sentiments de Kathryn Stockett et Les larmes noires de Mary Luther d'Anna Jean Mayhew, que j'ai déjà lus.  Il traite donc des difficiles relations entre les Noirs et les Blancs dans le sud des États-Unis, de racisme, de violence, mais aussi d'amour et d'amitié .

J'ai adoré ma lecture, car il s'agit non seulement d'une belle, grande et déchirante histoire d'amour impossible entre la jeune Blanche, Isabelle et le jeune Noir, Robert, mais aussi de l'histoire d'une belle amitié entre cette Isabelle devenue vieille dame et sa coiffeuse afro-américaine, Dorrie.

Pendant un voyage en voiture qui doit mener les deux femmes de Dallas au Texas à Cincinnati, en Ohio, on découvre en même temps que Dorrie quel est le secret de mademoiselle Isabelle.  On assiste à la révolte de celle-ci contre sa mère autoritaire qui aimerait lui voir emprunter une route déjà toute tracée pour son avenir, son père si bon, mais si mou face à son épouse, ses deux frères aînés qui sont de vraies brutes.  Ainsi que son affection pour Cora, la bonne noire et sa fille Nell.  On assiste à l'éclosion de la passion entre la jeune fille et Robert, le fils de Cora et ce malgré qu'ils doivent se cacher, car les Noirs sont vus comme des moins que rien, des animaux.  Robert pourrait être battu et même tué pour avoir osé regarder une jeune fille blanche... On se révolte aussi contre ce racisme et cette ségrégation institutionnalisés.

L'auteure sait installer un bon suspense dans son histoire en alternant les points de vue de Dorrie aujourd'hui et celui d'Isabelle autrefois.  On reste captivé, accroché à l'histoire, car on veut en savoir davantage sur l'histoire d'amour entre les deux jeunes gens, sur ses conséquences et son dénouement qui hélas, dans cette Amérique ségrégationniste, ne peut être idyllique...

On apprend aussi à découvrir le personnage de Dorrie, qui élève seule ses deux adolescents et qui a peur d'aimer à nouveau.  C'est une femme courageuse, indépendante et dynamique à laquelle on s'attache, de même qu'à Isabelle qui est une vieille dame un peu grincheuse, mais adorable et aussi courageuse.

C'est un roman touchant et poignant, qui pourrait peut-être vous tirer quelques larmes.  Une belle leçon sur la tolérance et sur les différences que nous laissons peut-être souvent nous séparer des autres, alors que nous sommes tous des êtres humains, mais aussi sur le racisme qui est toujours latent et qui s'applique autant dans un sens que dans l'autre, mais aussi sur la difficulté de faire à nouveau confiance quand on a souvent été blessé par le passé.  La fin n'est pas exactement celle à laquelle je pensais, mais j'en ai quand même été satisfaite.

http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28338705.html

samedi 3 mai 2014

Caps d'acier et talons hauts

Auteur : Johanne Pronovost
Éditions : De Mortagne (2014)
Collection : Lime et citron
Nombre de pages : 344

Résumé : Après mes études, je me voyais déjà comme la plus grande designer en aménagement paysager de Montréal ! Bon, je vous l’accorde, je visais haut. J’ai frappé un mur, aussi… Malgré l’offre incroyable que me faisait ma directrice de stage, j’ai décidé de suivre mon beau Louis dans un trou perdu… en Outaouais !
 

Ah, l’amour, ce que ça peut nous pousser à faire…
 

Résultat : trois ans plus tard, je suis juste bonne à shaker des gallons de peinture dans un ProRéno pis à chialer contre ma vie plate.
 

Mais j’ai pas dit mon dernier mot ! Avec ma persuasion légendaire, je parviens à convaincre le boss de Louis de m’engager sur son projet, où je commence en bas de l’échelle, à clouer des planches de patio.
 

Maintenant, malgré que je respire le bonheur, mon chum, lui, n’est plus capable de me sentir. Pas question que j’accepte notre rupture si facilement ! Même si je dois dormir dans une tente, me laver sur le chantier et cruiser en caps d’acier, je vais réussir à le reconquérir.
 

D’ici la fin de l’été, Louis verra à quel point je suis exceptionnelle, parole d’Élizabeth Morin ! Mais qu’arrivera-il si mon charme ne fait pas effet sur la bonne personne ?

Mon avis

Ce roman de chick-lit québécoise est ma deuxième incursion dans ce genre littéraire (après le premier tome de La vie épicée de Charlotte Lavigne) et je dois dire qu'ici aussi, je n'ai pas été déçue.

Caps d'acier et talons hauts me fait irrésistiblement penser à la chanson Un air d'été de Pierre Bertrand - il ne faut pas y voir une référence péjorative.  Ce roman est parfait pour l'été et délicieusement léger.  Dans la grisaille de ce mois d'avril, il a été comme un rayon de soleil pour moi.

Contrairement à d'autres romans de chick-lit, celui-ci ne parle pas des amours multiples et tumultueuses de l'héroïne.  Élizabeth Morin vient d'être abandonnée par son copain Luc après avoir été ensemble pendant trois ans, alors qu'elle s'est engagée à travailler tout l'été sur le même chantier de rénovation que celui-ci.  Elle pense qu'elle sera à même de le reconquérir avant la fin des travaux... Les choses ne tourneront pas exactement comme elle l'avait souhaité.

J'ai beaucoup souri et même ri durant cette lecture.  Élizabeth est un brin gaffeuse, très déterminée, drôle à souhait et a un grand coeur.  La galerie de personnages secondaires qui l'accompagne, est particulièrement hilarante, comme Marco, un compagnon de travail avec ses accoutrements vestimentaires hallucinants ou la mère d'Élizabeth qui a une conception bien particulière du jeu de Scrabble.

Ce roman est donc très plaisant à lire, on ne s'ennuie pas une seconde, les chapitres qui le composent sont courts.  Même si Caps d'acier... est moins développé que La vie épicée..., il ne faut pas hésiter à le lire si on a envie de se faire plaisir et de s'amuser!  La chick-lit québécoise n'a rien à envier à celles de d'autres pays.  Et j'ai complètement craqué pour la couverture vintage du livre. 

Gemma en parle ici.
http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28338705.html
Couverture et résumé : éditions de Mortagne

samedi 22 mars 2014

Les moitiés d'Alice ♥♥♥


Auteure : Judith Itzi
Éditions : Stanké (2014)
Nombre de pages : 184

Résumé : Alice Fillières, huit ans, est dotée d'une imagination débordante et d'un altruisme particulier, qui la pousse à soigner les gens et les animaux blessés autour d'elle.  Elle possède également une drôle de manie, celle de ne manger que la moitié de ses repas. Son père, autoritaire, ne comprend pas cette habitude, qu'il attribue à un manque d'attention, alors que sa mère l'envoie consulter des « spéléologues de l'esprit ».

Au travers des événements qui parsèment son quotidien, dont son arrivée dans une nouvelle école et la maladie d'Elisabeth, sa meilleure amie, elle tentera de percer les secrets de sa famille et de surmonter diverses épreuves.  Avec l'aide de sa tante Astrid, qui ne fait rien comme tout le monde, et d'Alex, un nouvel élève qui fait apparaître des papillons dans son ventre, elle parvient à affronter l'inconnu et le monde avec courage. 

Mon avis :

On pense, souvent à tort, que les enfants ne remarquent pas ce qui les entoure.  Malgré son jeune âge, Alice observe et comprend beaucoup de choses.  En soignant les animaux, elle apprend aussi à soigner les humains,  En vraie petite fée, elle leur offre fleurs, câlins et chocolat pour réparer ce qui est brisé à l’intérieur.  À l’aide d'alliés comme sa tante Astrid ou Henri-le-fou-qui-n’est-pas-si-fou, elle apprend à mieux appréhender sa vie et à résoudre les difficultés qu’elle rencontre (divorce, intimidation, deuil, etc.)

Les moitiés d’Alice est un tout petit roman qui fait un bien fou.  C’est en réalité un pur bonheur.  Alice est immensément touchante, attachante et pleine d'imagination.  À travers ses observations toujours justes et souvent drôles, elle pose un regard à la fois lucide et naïf sur son entourage.  Judith Itzi, à travers les réflexions d’Alice, nous touche directement à l’âme.  On sourit souvent, on est ému.

On a envie de prendre Alice dans nos bras pour lui faire un gros câlin.  Elle nous permet de découvrir certaines vérités.  On comprend que c’est en s’ouvrant aux autres que l’on peut panser nos blessures intérieures et apprendre à être heureux.  Une des phrases que j'ai notées dans ma lecture dit ceci : «Alors je vais te dévoiler un grand secret. Le bonheur habite dans une boîte.  Si on ne l’ouvre pas, on ne peut pas être heureux…» (P. 123)

Il faut donc ouvrir ce livre pour connaître le bonheur qu’il apporte!  Merci Judith Itzi pour ce roman plein de tendresse, qui vous laisse les yeux plein d'étoiles et avec un petit velours à l'intérieur... C'est un immense coup de coeur qu'il faut vite prêter à un prochain lecteur!

Merci à Véronique Déry pour cet envoi!


http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28556050.html

Résumé et couverture :Stanké

lundi 24 juin 2013

Les deux saisons du faubourg ♥

Auteur : Mylène Gilbert-Dumas
Éditions : VLB (2013)
Nombre de pages : 360

Résumé : Dans l'immeuble du faubourg Saint-Jean-Baptiste qu'habitent Adélaïde et sa fille, les semaines se succèdent, pareilles et sans histoire. Jusqu'au jour où, à court d'argent, Adélaïde doit se résoudre à louer une chambre dans son appartement. La petite annonce qu'elle publie dans le journal retient l'attention d'une seule personne : un petit homme mystérieux sur le compte duquel tous les locataires de l'immeuble semblent avoir un avis différent.
 
Dans cet univers tissé serré où les peurs des uns sont les rêves des autres, les choses commencent à changer au contact du nouveau pensionnaire. Et les cartes du tarot qu'on retourne au gré des inquiétudes redessinent peu à peu le destin de chacun.
 
Un roman de l'intimité, mais aussi un roman d'amour inattendu, porté par des personnages féminins entiers et si attachants qu'ils resteront longtemps près du cœur une fois les dernières pages tournées. 

Mon avis :

Je l’avais déjà constaté, Mylène Gilbert-Dumas est une magicienne des mots, elle tisse des histoires porteuses de beauté et de sens, avec des lieux et des personnages qui sont riches, vivants et intenses.

Les personnages font toute la force et la saveur de ce roman.  Il y a tout d'abord Adélaïde, à qui des malheurs sont arrivés par le passé et qui maintenant a peur de la vie, de l’amour et des hommes et qui laisse ses peurs mener sa vie.   Elle voit des signes de malheur partout qui viennent conforter son attitude confortable et sécuritaire.  Elle garde une distance entre elle et le monde pour se protéger.  Elle nous démontre que dans la vie, on ne peut pas être toujours fort, toujours des battants, parfois quand on a été blessé, on se replie sur soi, le temps de panser ses blessures.  Mais malgré ce qu'elle pense, elle est une bonne mère, une bonne fille et une bonne amie.  Et en dépit de ses peurs, elle trouvera le courage de claquer la porte d’un emploi détesté pour en commencer un autre plus créatif.  De plus, Adélaïde est une artiste et trouve un certain épanouissement dans les dessins qu'elle crée.

Il y a aussi sa fille Marjolaine, un brin effrontée, fantasque et si attachante.  Elle a encore l’innocence de l’enfance, mais en même temps, parce qu’elle écornifle tout le temps, elle en sait beaucoup plus qu’il n’en paraît.  Elle n’est donc pas aussi naïve qu’on pourrait le penser. Elle évolue dans un monde d’adultes et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose.  Je l’ai trouvée équilibrée.  Comme elle grandit dans un monde où l’ordinateur et les technologies ne sont pas omniprésentes, elle a de l’imagination et s’amuse d’un rien, comme de jouer au tic tac toe.

Et il y a Jacinthe, la mère d’Adélaïde, amoureuse de la vie et des hommes.  Jacinthe est une Sage, comme le dit Marjolaine.  Elle tire les cartes de tarot et en profite pour donner des conseils, comme si elle voyait vraiment l’avenir.  Elle est flamboyante et plus fonceuse que sa fille.  Elle prend la vie comme elle vient, contrairement à Adélaïde, qui plus inquiète, veut faire des plans, des prévisions, etc.  Jacinthe est habillée comme une gitane, avec foulard, bracelets, colliers et bagues.  

Ce trio féminin épatant et éminemment sympathique vit dans un immeuble du faubourg Saint-Jean-Baptiste, à Québec, qui est tout leur univers.  Avec leurs amis, elles se sont construite une famille et tout ce petit monde se réunit pour des repas et se soutient quand ça va mal.  Les gens ne sont pas égoïstes et se soucient les uns des autres.  C'est une des choses qui m'ont frappé dans ce roman.

Les deux saisons... nous présente un monde de femmes où les hommes n'ont pas le beau rôle.  Ils sont absents, comme les pères d'Adélaïde ou de Marjolaine ou faibles comme Gaston, le chum de Jacinthe.  Mais les choses vont changer quand Adélaïde va louer une chambre de son appartement à Sean, un Néo-Écossais qui ne parle même pas le français.   Adélaïde est d'abord très méfiante envers le jeune anglophone.  Elle est sûre que les hommes ne peuvent que la décevoir.  Mais Sean est un homme sensible et généreux.  Marjolaine l'a senti et elle sera la première à l'accueillir.  Adélaïde se laissera aussi apprivoiser.  Et comme l’hiver passe au printemps, la vie se mettra à bourgeonner lentement dans son cœur, y faisant entrer le bonheur.

On n’a pas toujours le goût de lire des choses rocambolesques ou pleines de suspense.  Les deux saisons du faubourg nous raconte donc une histoire simple et vraie, qui pourrait nous arriver, et je trouve que ça fait du bien, parce que l’on s’y retrouve et qu’on y puise du réconfort.  Lire ce roman, c’est comme entendre chanter une berceuse.  Quel bonheur !  C'est une lecture qui m'a fait énormément du bien.  Au-delà de la chaleur humaine qui s'en dégage, c'est la lente transformation d'Adélaïde qui m'a le plus touché.  D'oiseau blessé, elle acceptera de faire confiance à la vie et elle pourra prendre enfin son envol.  Les deux saisons... avec sa douceur et sa lenteur, nous réconcilie avec la vie.  

Et il y a aussi les descriptions de la ville de Québec, que j’aime beaucoup, avec ses vieux immeubles, ses rues tortueuses, ses hivers pleins de neige et de bourrasques et ses printemps pluvieux et venteux.  Et que dire des paysages du Cap Breton, dont l'auteure a parfaitement su rendre la beauté majestueuse et enivrante.  Ça nous donne envie de s'y rendre, toutes affaires cessantes!  Et la couverture du livre est tout aussi belle, toute douce avec ses couleurs passées et ses traits impressionnistes.

Vous l'aurez compris, Les deux saisons du faubourg m'ont totalement conquise et c'est un véritable coup de coeur!  Et pourtant, j'aurais une question à poser à Madame Gilbert-Dumas : pourquoi une telle fin?

La réponse de l'auteure : «Pourquoi cette fin? Pour mettre en valeur le relief de la vie.» (à voir dans les commentaires)

Venise en parle ici.


Citation : «Une partie d'elle est en deuil et cherche du réconfort dans ce qui est familier.  Relire un livre qu'on a aimé et qu'on connait bien est une façon de se rassurer.  On peut comparer notre vision du monde à celle de l'auteur.  Quand il crée, l'auteur est roi et maître ; il sait comment son monde fonctionne.  Adélaïde a toujours trouvé réconfortant de se mesurer à l'univers d'un auteur, à défaut de comprendre celui dans lequel elle vit.» (P. 213)

«Tous deux ont raison.  Elle ne vivait pas.  Pas vraiment, du moins.  Elle vivait par procuration, comme à travers un miroir.  Elle vivait la vie qu'elle voulait vivre, celle qu'elle voulait voir se réaliser, une vie où les blessures anciennes existaient encore parce qu'elle ne voulait pas les oublier.  Jusqu'à ce moment présent, le passé a toujours influencé le présent.  Et sa vision de l'avenir a toujours orienté le présent.  Mais vivait-elle vraiment pour autant?» (P.314)

                                         Phénomène météorologique     Idée no. 18 : la vue depuis un appartement, bureau, maison
Couverture et résumé : VLB

mercredi 19 juin 2013

Le chat

Auteur : Danielle Pouliot 
Éditions : Art Global (2011)
Nombre de pages : 180

Résumé :  – Avez-vous vu votre père récemment ?
Je n'ai pas entendu parler de lui depuis une éternité. Pour que la police vienne m'importuner, il faut qu'il ait fait une gaffe ou qu'il soit mort. J'espère qu'il est mort.

Viviane, jeune trentaine, lampiste de son métier, est animée par la passion de créer avec la lumière. En quête de sens dans sa vie après une rupture douloureuse, elle tâche de remettre en état sa nouvelle demeure, une maison bancale du Plateau Mont-Royal.
 
À la mort de son père, un homme destructeur qu'elle n’avait pas vu depuis près de quinze ans, elle se trouve bien malgré elle à remuer son passé. Les détours du hasard l'amèneront à des révélations aussi troublantes que surprenantes.
 
Le chat est à la fois un suspense psychologique et la chronique savoureuse de la vie d’une Montréalaise contemporaine. C’est aussi un roman d’amour qui explore le thème du pardon et pose des questions fondamentales sur le sens et la portée des relations affectives.
 
Sur le rythme chassé-croisé des souvenirs et du quotidien, au fil des sept jours d’une semaine charnière dans la vie de la jeune femme, Danielle Pouliot nous livre un récit tout en sensibilité et en finesse où elle décortique les émotions au scalpel.
 
L'auteure nous offre en outre, à la fin de l’ouvrage, Les recettes culinaires de Viviane, évocation des meilleurs souvenirs d’enfance de son héroïne.

Mon avis :


Le chat.  Avec un titre pareil et avant même de l'avoir lu, j'avais déjà un préjugé favorable envers ce roman.  Et des félins domestiques, il y en a quelques-uns dans cette histoire, qui traversent la vie de Viviane et qui seront de véritables traits d'union entre son père et elle.

Viviane Després est célibataire depuis deux ans, suite à une rupture douloureuse.  Elle tient une boutique où elle vend des lampes, en fabrique et propose aussi à ses clients de créer des ambiances lumineuses selon leurs besoins.  Un matin, la police vient sonner à sa porte pour lui annoncer le décès de son père, qu'elle n'a pas vu depuis plus de 10 ans.

Au début, elle ne veut pas s'impliquer dans les démarches administratives entourant les obsèques de son père.  Tout au long du roman, ce père, elle ne le nommera que par son nom de famille, Bouchard et cela m’a frappé.  Pour elle et son frère Romain, cet homme n’est pas leur père.  Viviane est pleine de colère parce que Bouchard a été méchant et violent tout au long de son enfance.  Sa mère a été une bonne mère, mais après sa séparation, elle est devenue une femme inquiète et désabusée et est demeurée seule pour le restant de sa vie.

À cause de son passé familial, Viviane a peur d'aimer.  Elle choisit toujours le même genre d'hommes, comme Gabriel, un homme menteur et manipulateur, qui lui a fait beaucoup de mal.  Elle dit : «J’ai choisi le célibat il y a deux ans.  Parfois je compare ma vie sentimentale à une boîte de chocolats.  Je choisis toujours la même sorte.  Des caramels durs  sur lesquels je me casse les dents.» (P.23)  Elle avoue à demi-mot qu’elle était dépendante de lui affectivement et qu’elle lui a demandé l’impossible, soit de combler le grand vide intérieur qui l’habitait.  Réfractaire face à cette lourde charge, l’oiseau volage a préféré déserter leur nid amoureux

Finalement, Viviane va s'occuper des affaires de son père.  En les fouillant, elle trouvera des photos qui lui feront prendre conscience qu'elle a acheté la maison où son père a vécu quand il était enfant.  De plus, elle adoptera le chat de son père, alors qu'elle pensait qu'il les détestait.  Tout cela fera remonter à sa mémoire des souvenirs d'enfance désagréables, mais elle finira par comprendre pourquoi son père s'est comporté avec elle de cette manière et par faire la paix d'une certaine façon avec lui.  Elle s'apercevra que même si nous sommes déterminés par notre passé, nous pouvons aussi choisir de ne pas en demeurer prisonniers.

En lisant ce roman, j'ai pris conscience que les gens aujourd'hui vivaient isolés, chacun dans sa petite bulle.  Viviane a quelques amis, mais semble souffrir quand même de solitude.  De même, nous croisons parfois une autre personne, au détour de notre vie, comme deux navires dans la nuit, mais sans jamais s'impliquer vraiment.  Ou alors, nous nous entourons de quelques proches triés sur le volet et avec lesquels nous entretenons une relation exclusive.  Je ne crois pas que Viviane ait choisi, que nous choisissons la solitude, mais nous demeurons seuls parce que nous avons peur des autres et peur d'être blessés par eux.

Ce roman quoique petit par son nombre de pages est plutôt dense de par son contenu et les questions qu'il aborde.  Alors même que ce Viviane vivait m’a porté à réfléchir, je n'ai pas été vraiment touchée par le personnage de Viviane.  Peut-être justement parce que son histoire à laquelle ses souvenirs et ses réflexions se mêlaient, m'a semblé décousue et que je me suis un peu perdue dans toutes les directions que le récit prenait.  Mais malgré cela, je considère que ce fut quand même une belle lecture dont je retiendrai surtout les passages sur les chats et sur la lumière.  Et la fin, comme un baume posé sur ses blessures, prendra des allures de recommencement pour Viviane.

Je veux remercier Babelio et les éditions Art Global qui m'ont permis de découvrir ce roman dans le cadre de l'opération 

 
couverture et résumé : Art Global

dimanche 2 juin 2013

Seuls les poissons

Auteur : Françoise Kerymer
Éditions : JC Lattès (2012)
Nombre de pages : 416 pages

Résumé : «Depuis mes seize ans, tous les jours de ma vie, je les ai traversés avec du vernis à ongles.  Rouge, crème, transparent, c’était selon, en fonction des modes et des époques. (…) Un de ces deniers matins, je me suis levée avec la certitude que le vernis, c’était fini pour moi.»
 
Marie se sent seule, inutile et dépassée.  Alex, son mari pianiste, est parti en Grèce pour composer, et leurs deux filles vivent leur vie : Elsa, jeune chercheuse en médecine, habite à New York, et Sarah élève seule son enfant depuis la disparition de son compagnon Gabriel.  La famille dispersée rencontre la solitude, le doute et cherche son équilibre. 

Mais lorsque le passé refait brusquement surface dans l'existence d'Elsa, tout bascule.  Les événements les projettent les uns vers les autres, troublant leur volonté de se frayer un chemin individuel.
 
De Paris à New York, de Corfou à la Bretagne, un récit polyphonique en quatre saisons.  Deux générations qui se cherchent, partagées entre les impératifs familiaux, leurs propres aspirations et un puissant désir de liberté.

Mon avis : 

Le roman Seuls les poissons est écrit de façon impeccable.  Françoise Kerymer possède une très belle plume, que j'ai trouvée pleine de profondeur, délicate et empreinte de poésie.  Je suis très sensible à la qualité d'une écriture et c'est ici une des forces du roman.

Et il y a les personnages.  Ils sont plusieurs et le récit emprunte tour à tour leur voix pour nous narrer cette histoire, d'abord féminine avec Marie, ses filles Sarah et Elsa ainsi que ses soeurs Lise et Anne.  Ces femmes sont à la fois fortes et faibles, liées très fortement entre elles par une grande complicité et une solidarité sans faille.  Et il y a aussi les hommes.  Alex, Carlos et Gabriel.  Eux, ce qui les distingue, c'est la musique et l'amour qu'ils lui portent.  J'ai beaucoup aimé les passages qui se déroulaient en Grèce, avec ces concerts improvisés qui apportent autant de plaisir aux musiciens qu'à ceux qui les écoutent.

Au niveau de l'intrigue, il n'y a pas de suspense dans ce roman.  On voyage à travers les émotions de tous les personnages, de façon intimiste.  J'ai aimé cette façon de faire, toute en douceur et en émotion.  Le pivot de cette histoire est le personnage de Gabriel, sa disparition qui a laissé un grand trou dans la vie et dans le coeur de tous ceux qui l'ont côtoyé.  Les personnages sont perdus, à la dérive, ne sachant pas trop à quoi se raccrocher.  Il y a aussi beaucoup de solitude chez eux, ils se cherchent.  Ils sont pris entre leur désir de liberté et le devoir qu'ils se font de prendre soin des autres.   La réapparition de Gabriel ne réglera pas tous les problèmes et n'apportera pas la délivrance escomptée.  

J'ai beaucoup aimé la place de la musique et de la mer dans cette histoire.  Cette dernière est omniprésente, de la Bretagne aux Antilles en passant par la Grèce.  Elle est violente et destructrice, elle fauche les existences, mais peut aussi bercer et panser les blessures, être porteuse de vie et de renaissance.  

Contrairement à d'autres lecteurs, j'ai été embêtée par la multiplicité des voix narratives. Je me suis sentie bousculée, je ne m'étais pas habituée à un personnage que déjà il me fallait changer pour un autre.  Je n'ai pas été confortable dans ce roman, en tout cas, je n'ai pas ressenti le besoin de me lover dans l'histoire, signe infaillible pour moi qu'un roman m'a profondément touchée et donc que je l'ai vraiment aimé.  J'aurais apprécié que l'auteure insiste davantage sur certains personnages, comme celui d'Elsa.  J'ai trouvé que la fin ne résolvait pas tout, qu'il restait beaucoup de blancs, même si certains protagonistes semblaient avoir retrouvé un semblant d'équilibre.  Peut-être une suite est-elle déjà prévue.

Si le Club de lecture n'avait pas mis ce roman sur mon chemin, je ne crois pas que je l'aurais choisi.  Pourquoi?  Tout simplement parce qu'il serait passé inaperçu dans la flot sans fin de nouveautés qui sont incessamment publiées.  Cela étant dit, je suis contente d'avoir lu ce livre et d'avoir rencontré une nouvelle auteure.  Seuls les poissons ne me laissera pas un souvenir impérissable, mais cette lecture s'est faite sous le signe de la douceur et de l'émotion.  

Je remercie le Club de lecture et les éditions JC Lattès pour ce partenariat.


 Mes défis littéraires

84. un corps ou quelque chose à proximité de l’eau
Couverture et résumé : JC Lattès