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samedi 22 mars 2014

Les moitiés d'Alice ♥♥♥


Auteure : Judith Itzi
Éditions : Stanké (2014)
Nombre de pages : 184

Résumé : Alice Fillières, huit ans, est dotée d'une imagination débordante et d'un altruisme particulier, qui la pousse à soigner les gens et les animaux blessés autour d'elle.  Elle possède également une drôle de manie, celle de ne manger que la moitié de ses repas. Son père, autoritaire, ne comprend pas cette habitude, qu'il attribue à un manque d'attention, alors que sa mère l'envoie consulter des « spéléologues de l'esprit ».

Au travers des événements qui parsèment son quotidien, dont son arrivée dans une nouvelle école et la maladie d'Elisabeth, sa meilleure amie, elle tentera de percer les secrets de sa famille et de surmonter diverses épreuves.  Avec l'aide de sa tante Astrid, qui ne fait rien comme tout le monde, et d'Alex, un nouvel élève qui fait apparaître des papillons dans son ventre, elle parvient à affronter l'inconnu et le monde avec courage. 

Mon avis :

On pense, souvent à tort, que les enfants ne remarquent pas ce qui les entoure.  Malgré son jeune âge, Alice observe et comprend beaucoup de choses.  En soignant les animaux, elle apprend aussi à soigner les humains,  En vraie petite fée, elle leur offre fleurs, câlins et chocolat pour réparer ce qui est brisé à l’intérieur.  À l’aide d'alliés comme sa tante Astrid ou Henri-le-fou-qui-n’est-pas-si-fou, elle apprend à mieux appréhender sa vie et à résoudre les difficultés qu’elle rencontre (divorce, intimidation, deuil, etc.)

Les moitiés d’Alice est un tout petit roman qui fait un bien fou.  C’est en réalité un pur bonheur.  Alice est immensément touchante, attachante et pleine d'imagination.  À travers ses observations toujours justes et souvent drôles, elle pose un regard à la fois lucide et naïf sur son entourage.  Judith Itzi, à travers les réflexions d’Alice, nous touche directement à l’âme.  On sourit souvent, on est ému.

On a envie de prendre Alice dans nos bras pour lui faire un gros câlin.  Elle nous permet de découvrir certaines vérités.  On comprend que c’est en s’ouvrant aux autres que l’on peut panser nos blessures intérieures et apprendre à être heureux.  Une des phrases que j'ai notées dans ma lecture dit ceci : «Alors je vais te dévoiler un grand secret. Le bonheur habite dans une boîte.  Si on ne l’ouvre pas, on ne peut pas être heureux…» (P. 123)

Il faut donc ouvrir ce livre pour connaître le bonheur qu’il apporte!  Merci Judith Itzi pour ce roman plein de tendresse, qui vous laisse les yeux plein d'étoiles et avec un petit velours à l'intérieur... C'est un immense coup de coeur qu'il faut vite prêter à un prochain lecteur!

Merci à Véronique Déry pour cet envoi!


http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28556050.html

Résumé et couverture :Stanké

dimanche 20 octobre 2013

Écris-moi, Marie-Jeanne

Auteur : Ginette Durand-Brault
Éditions : Druide (mars 2013)
Nombre de pages : 448

Résumé : 1939. Les bonnes gens de Saint-Jérôme s'agitent; la guerre est déclarée et tout bascule.  Marie-Jeanne voit son frère Rodrigue partir volontaire, puis son fils.  Ses filles courent au mariage.  Son mari sombre dans la colère et l'angoisse.  Les logis sont rares et la paix des ménages est menacée.  Sur le front, dans les décombres des villes anglaises comme au milieu des splendeurs de Rome, Rodrigue rencontre la peur, la mort et la mystérieuse universalité de la guerre, mais aussi le courage et l'amour de Roselyn, pendant qu'à Saint-Jérôme, l'ami Philémon aidera Marie-Jeanne à se libérer de ses chaînes.  Entre la cuisine de Marie-Jeanne et le poste de combat de son frère, une correspondance émouvante voyage et témoigne des mutations dévastatrices et pourtant prometteuses de toute guerre.

Mon avis

Qu'est-ce qui fait qu'un livre devient un coup de coeur?  La voix de l'auteur qui vibre et qui éveille en nous une résonance particulière?  Le fait que l'on se retrouve dans son univers intime comme si on était chez soi?  Le fait qu'il utilise des mots qui auraient pu être les nôtres ou au contraire, parce qu'il met des mots sur ce que l'on n'était pas capable de nommer? 

C'est pour toutes ces raisons et encore plus que le roman Écris-moi, Marie-Jeanne est un coup de coeur pour moi.  C'est peut-être parce que l'auteure s'est inspirée de l'histoire de sa famille, enfin de celle de sa grand-mère et de son grand-oncle, que je me suis sentie autant «en pays de connaissance» dans ce roman.  En voyant comment Marie-Jeanne doit se soumettre à l'autorité de son mari, représentant celle de la loi et de la religion, mais aussi surtout en voyant comment sa fille Marie mène son mari par le bout du nez, lui si bon, si doux, mais si obéissant.  Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce ne sont pas toutes les femmes québécoises d'autrefois qui étaient totalement soumises.  Certaines «portaient les culottes» dans le ménage et cela m'a fait beaucoup pensé à l'histoire de ma propre famille.

J'ai été très touchée par le personnage de Marie-Jeanne qui s'est mariée par obligation, car tout ce qui s'offrait aux filles d'alors, c'était de se marier ou de devenir religieuse.  Elle a choisi le premier venu (ou presque) et se retrouve avec un homme avec lequel elle n'a rien en commun et qu'elle n'aime pas.  Ayant étudié plus longtemps que son mari, elle est désemparée devant le refus de celui-ci d'apprendre plus, ne serait-ce qu'à lire.  Il est dépendant des autres, mais il semble se refermer sur son orgueil masculin, comme s'il avait peur de l'instruction, des autres qui pourraient être plus intelligents que lui.  Il semble presque fier de son ignorance, en tout cas, il méprise l'école et refuse à certaines de ses filles plus studieuses de faire des études plus avancées.  Il faut qu'elles gagnent leur vie et qu'elles participent à la survie de la famille en rapportant de l'argent. Dans ce temps-là, les gens étaient vraiment pauvres, ils manquaient de tout et peinaient même à se procurer le minimum.  

Marie-Jeanne se sent coupable parce qu'à l'heure où tous ses enfants quittent le nid et se retrouvent avec leur propre famille, elle ne veut pas prendre son petit-fils et son mari, lorsqu'il devient invalide, à sa charge.  Dans la cinquantaine, elle veut retourner à son métier d'institutrice, mais comme à cette époque, les femmes étaient des mineures aux yeux de la loi, elle doit demander la signature (la permission) de son mari, mais celui-ci refuse.  Alors, elle se rebelle et quitte son mari pour aller vivre dans sa famille.  Son époux finit par céder sous les pressions de ses filles.  Marie-Jeanne est une femme courageuse, qui n'a pas peur de penser et de dire ce qu'elle pense, même face à la religion. 

Rodrigue, le frère de Marie-Jeanne, à qui les religieux ont refusé de terminer ses études classiques sous des prétextes fallacieux, se retrouve dans la même situation que sa soeur.  Il se sent souvent différent des autres, à part.  Après cet incident, il se retrouvera sans but dans la vie, exerçant mille métiers, dont celui de bûcheron jusqu'à ce que le Deuxième Guerre mondiale éclate.  Dans les lettres qu'il écrit à sa soeur, il exprime ses sentiments et ses pensées. Il est un homme sensible et sensé et il appuie sa soeur dans ses démarches d'émancipation.  Rodrigue trouve sa place et l’amour à la guerre et il évoluera lui aussi. 

Quelle belle découverte que ce roman !  Non seulement, l’auteure parle d’une ville qui est située pas très loin de chez moi, mais elle parle aussi de notre passé collectif et d'une famille québécoise qui pourrait être la nôtre.  Dans les lettres (fictives) que s’échangent Marie-Jeanne Gobeil et son frère Rodrigue Deschamps, elle restée à St-Jérôme et lui sur les champs de bataille en Europe, l'auteure aborde des sujets intimes, comme les rapports de couple, la religion, la liberté, la valeur d’une personne ou l’éducation. Elle le fait avec une telle finesse et une telle intelligence émotionnelle que j'avais hâte de lire la prochaine lettre, je l'attendais avec impatience.

La seule chose que j'ai à reprocher à ce roman sont quelques erreurs qui auraient pu être facilement évitées.  Par exemple, la soeur de Marie, l'une des filles de Marie-Jeanne, qui devient sa tante à un moment donné.  Ou un personnage qui se nomme alternativement Télesphore et Théodore.  Aussi, certains qui l'ont lu, disent avoir eu de la difficulté avec les répétitions qu'il y avait entre les lettres et la narration proprement dite, mais ce ne fut pas mon cas.  J'espère seulement que Madame Durand-Brault écrira une suite à ce roman, car j'aimerais vraiment savoir ce que les personnages sont devenus.  Ou même qu'elle écrira d'autres romans, car une écrivaine talentueuse s'est révélée!

La critique de Suzan est ici.  Celle de Venise, là.  Et celui de Lali vient de s'ajouter ici.
Résumé et couverture : éditions Druide

lundi 24 juin 2013

Les deux saisons du faubourg ♥

Auteur : Mylène Gilbert-Dumas
Éditions : VLB (2013)
Nombre de pages : 360

Résumé : Dans l'immeuble du faubourg Saint-Jean-Baptiste qu'habitent Adélaïde et sa fille, les semaines se succèdent, pareilles et sans histoire. Jusqu'au jour où, à court d'argent, Adélaïde doit se résoudre à louer une chambre dans son appartement. La petite annonce qu'elle publie dans le journal retient l'attention d'une seule personne : un petit homme mystérieux sur le compte duquel tous les locataires de l'immeuble semblent avoir un avis différent.
 
Dans cet univers tissé serré où les peurs des uns sont les rêves des autres, les choses commencent à changer au contact du nouveau pensionnaire. Et les cartes du tarot qu'on retourne au gré des inquiétudes redessinent peu à peu le destin de chacun.
 
Un roman de l'intimité, mais aussi un roman d'amour inattendu, porté par des personnages féminins entiers et si attachants qu'ils resteront longtemps près du cœur une fois les dernières pages tournées. 

Mon avis :

Je l’avais déjà constaté, Mylène Gilbert-Dumas est une magicienne des mots, elle tisse des histoires porteuses de beauté et de sens, avec des lieux et des personnages qui sont riches, vivants et intenses.

Les personnages font toute la force et la saveur de ce roman.  Il y a tout d'abord Adélaïde, à qui des malheurs sont arrivés par le passé et qui maintenant a peur de la vie, de l’amour et des hommes et qui laisse ses peurs mener sa vie.   Elle voit des signes de malheur partout qui viennent conforter son attitude confortable et sécuritaire.  Elle garde une distance entre elle et le monde pour se protéger.  Elle nous démontre que dans la vie, on ne peut pas être toujours fort, toujours des battants, parfois quand on a été blessé, on se replie sur soi, le temps de panser ses blessures.  Mais malgré ce qu'elle pense, elle est une bonne mère, une bonne fille et une bonne amie.  Et en dépit de ses peurs, elle trouvera le courage de claquer la porte d’un emploi détesté pour en commencer un autre plus créatif.  De plus, Adélaïde est une artiste et trouve un certain épanouissement dans les dessins qu'elle crée.

Il y a aussi sa fille Marjolaine, un brin effrontée, fantasque et si attachante.  Elle a encore l’innocence de l’enfance, mais en même temps, parce qu’elle écornifle tout le temps, elle en sait beaucoup plus qu’il n’en paraît.  Elle n’est donc pas aussi naïve qu’on pourrait le penser. Elle évolue dans un monde d’adultes et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose.  Je l’ai trouvée équilibrée.  Comme elle grandit dans un monde où l’ordinateur et les technologies ne sont pas omniprésentes, elle a de l’imagination et s’amuse d’un rien, comme de jouer au tic tac toe.

Et il y a Jacinthe, la mère d’Adélaïde, amoureuse de la vie et des hommes.  Jacinthe est une Sage, comme le dit Marjolaine.  Elle tire les cartes de tarot et en profite pour donner des conseils, comme si elle voyait vraiment l’avenir.  Elle est flamboyante et plus fonceuse que sa fille.  Elle prend la vie comme elle vient, contrairement à Adélaïde, qui plus inquiète, veut faire des plans, des prévisions, etc.  Jacinthe est habillée comme une gitane, avec foulard, bracelets, colliers et bagues.  

Ce trio féminin épatant et éminemment sympathique vit dans un immeuble du faubourg Saint-Jean-Baptiste, à Québec, qui est tout leur univers.  Avec leurs amis, elles se sont construite une famille et tout ce petit monde se réunit pour des repas et se soutient quand ça va mal.  Les gens ne sont pas égoïstes et se soucient les uns des autres.  C'est une des choses qui m'ont frappé dans ce roman.

Les deux saisons... nous présente un monde de femmes où les hommes n'ont pas le beau rôle.  Ils sont absents, comme les pères d'Adélaïde ou de Marjolaine ou faibles comme Gaston, le chum de Jacinthe.  Mais les choses vont changer quand Adélaïde va louer une chambre de son appartement à Sean, un Néo-Écossais qui ne parle même pas le français.   Adélaïde est d'abord très méfiante envers le jeune anglophone.  Elle est sûre que les hommes ne peuvent que la décevoir.  Mais Sean est un homme sensible et généreux.  Marjolaine l'a senti et elle sera la première à l'accueillir.  Adélaïde se laissera aussi apprivoiser.  Et comme l’hiver passe au printemps, la vie se mettra à bourgeonner lentement dans son cœur, y faisant entrer le bonheur.

On n’a pas toujours le goût de lire des choses rocambolesques ou pleines de suspense.  Les deux saisons du faubourg nous raconte donc une histoire simple et vraie, qui pourrait nous arriver, et je trouve que ça fait du bien, parce que l’on s’y retrouve et qu’on y puise du réconfort.  Lire ce roman, c’est comme entendre chanter une berceuse.  Quel bonheur !  C'est une lecture qui m'a fait énormément du bien.  Au-delà de la chaleur humaine qui s'en dégage, c'est la lente transformation d'Adélaïde qui m'a le plus touché.  D'oiseau blessé, elle acceptera de faire confiance à la vie et elle pourra prendre enfin son envol.  Les deux saisons... avec sa douceur et sa lenteur, nous réconcilie avec la vie.  

Et il y a aussi les descriptions de la ville de Québec, que j’aime beaucoup, avec ses vieux immeubles, ses rues tortueuses, ses hivers pleins de neige et de bourrasques et ses printemps pluvieux et venteux.  Et que dire des paysages du Cap Breton, dont l'auteure a parfaitement su rendre la beauté majestueuse et enivrante.  Ça nous donne envie de s'y rendre, toutes affaires cessantes!  Et la couverture du livre est tout aussi belle, toute douce avec ses couleurs passées et ses traits impressionnistes.

Vous l'aurez compris, Les deux saisons du faubourg m'ont totalement conquise et c'est un véritable coup de coeur!  Et pourtant, j'aurais une question à poser à Madame Gilbert-Dumas : pourquoi une telle fin?

La réponse de l'auteure : «Pourquoi cette fin? Pour mettre en valeur le relief de la vie.» (à voir dans les commentaires)

Venise en parle ici.


Citation : «Une partie d'elle est en deuil et cherche du réconfort dans ce qui est familier.  Relire un livre qu'on a aimé et qu'on connait bien est une façon de se rassurer.  On peut comparer notre vision du monde à celle de l'auteur.  Quand il crée, l'auteur est roi et maître ; il sait comment son monde fonctionne.  Adélaïde a toujours trouvé réconfortant de se mesurer à l'univers d'un auteur, à défaut de comprendre celui dans lequel elle vit.» (P. 213)

«Tous deux ont raison.  Elle ne vivait pas.  Pas vraiment, du moins.  Elle vivait par procuration, comme à travers un miroir.  Elle vivait la vie qu'elle voulait vivre, celle qu'elle voulait voir se réaliser, une vie où les blessures anciennes existaient encore parce qu'elle ne voulait pas les oublier.  Jusqu'à ce moment présent, le passé a toujours influencé le présent.  Et sa vision de l'avenir a toujours orienté le présent.  Mais vivait-elle vraiment pour autant?» (P.314)

                                         Phénomène météorologique     Idée no. 18 : la vue depuis un appartement, bureau, maison
Couverture et résumé : VLB

mardi 26 février 2013

Il pleuvait des oiseaux ♥

Auteur : Jocelyne Saucier
Éditions : XYZ (2011)
Nombre de pages : 184

Résumé :  Vers quelle forêt secrète se dirige la photographe partie à la recherche d’un certain Boychuck, témoin et brûlé des Grands Feux qui ont ravagé le nord de l’Ontario au début du XXe siècle? On ne le saura pas. Boychuck, Tom et Charlie, dorénavant vieux, ont choisi de se retirer du monde. Ils vivent relativement heureux et ont même préparé leur mort. De fait, Boychuck n’est plus de ce monde au moment où s’amène la photographe.

Tom et Charlie ignorent que la venue de la photographe bouleversera leur vie. Les deux survivants feront la rencontre d’un personnage aérien, Marie-Desneige. Elle a 82 ans, tous ses esprits, même si elle est internée depuis soixante-six ans. Elle arrivera sur les lieux comme une brise espérée alors que la photographe découvrira que Boychuck était un peintre et que son œuvre était tout entière marquée par le Grand Feu de Matheson.

C’est dans ce décor que s’élabore Il pleuvait des oiseaux. Nous voici en plein cœur d’un drame historique, mais aussi pris par l’histoire d’hommes qui ont choisi la forêt. Trois êtres épris de liberté et qui ont fait un pacte avec la mort. Un superbe récit à la mesure du grand talent de Jocelyne Saucier. 


Mon avis :

Quel bijou que ce roman qui n’est petit que par son nombre de pages !  En effet, il nous raconte plusieurs histoires qui sont toutes captivantes et aborde plusieurs thèmes sérieux : la vieillesse, la maladie, la mort, la solitude, l’amour, l’amitié.  L’auteur a une belle plume, simple et directe, toute en délicatesse et en émotions.  Plusieurs phrases mériteraient d’êtres notées tellement elles sont belles.  

On ne peut que s’attacher à ces vieillards qui ont choisi de vivre leurs dernières années en toute autonomie et dignité au fond des bois.  Et aussi à ces deux femmes qui se joignent à eux, Marie-Desneige, cette vieille dame à qui la vie offre une seconde chance après des décennies d’enfermement et cette photographe par qui le changement arrive dans la vie de Charlie et Tom.   Il y a aussi Bruno et Steve, ces deux anges-gardiens qui veillent sur eux.  Ce sont tous des êtres marginaux et solitaires qui se trouveront réunis dans cette forêt du Nord de l’Ontario et qui formeront un genre de famille…

Ce roman est profondément touchant.  J’ai aimé toutes ces histoires, elles sont empreintes de magie et de poésie, on se dit qu’elles ne peuvent pas être vraies…Et pourtant, l’auteur s’est basé sur des faits historiques pour construire une partie de son roman, ceux des Grands Feux qui ont ravagé le nord de l'Ontario entre 1910 et 1920.

C’est le genre de romans dans lequel on baigne littéralement, profondément immergé dans la lumière et la sérénité qu’il dégage.  Il nous habite encore longtemps après l'avoir terminé.   Il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas être touché et transformé par cette lecture.  Les mots me manquent pour traduire la qualité de cette oeuvre, sinon, attention : grand roman !
  
Venise en parle ici.  Topinambulle, ici et Suzan, là.

Voici tous les prix littéraires remportés par Il pleuvait des oiseaux :

Prix des Cinq continents de la Francophonie 2011
Prix France-Québec 2012
Prix Ringuet 2012 de l'Académie des lettres du Québec
Prix littéraire des collégiens 2012
Prix des lecteurs de Radio-Canada 2012
Prix les Irrésistibles (Bibliothèques de Montréal) 2012


Prix du Grand public Salon du livre /La Presse 2012 


    No. 15 : un arbre ou plusieurs
                                                                                            Catégorie Animal

samedi 22 décembre 2012

Marraine ♥




Auteur : Hélène Koscielniak
Éditions : L'Interligne (2007)
Nombre de pages : 552 pages

Résumé : À l’insu de son mari Gilles, Normande, qui vit à Kapuskasing, s’inscrit à Secours aux Démunis, un organisme de charité qui parraine des enfants à travers le monde, et devient marraine de Jolino, un Dominico-Haïtien de dix ans.  Travaillant dans le domaine de la construction, Gilles doit se rendre, quelques mois après le début du projet secret de Normande, en République dominicaine, à titre d’invité d’un riche entrepreneur avec qui il fait affaire. 

Cette nouvelle suscite de l’excitation pour Normande qui y voit l’opportunité de rencontrer l’enfant qu’elle soutient et sa mère, Gabriella, avec qui elle entretient une correspondance assidue. Mais, ce qui peut sembler chose acquise pour le Nord-Américain peut vite prendre le chemin du cauchemar ailleurs... Bien qu’étant un personnage résolu à affronter tout obstacle, Normande réussira-t-elle à concrétiser son rêve ? Comment faire et où trouver l’aide dont elle a besoin pour mener à bien son grand projet, à l’insu de son mari ? 

Mon avis :

Il est extrêmement rare que je relise un roman parce que je possède une bonne mémoire et que je me souviens toujours de l'histoire.  Alors pour que je relise le roman Marraine d'Hélène Koscielniak, il me fallait une bonne raison, soit la publication de la suite de ce roman, intitulée Filleul.

À l’époque, en 2008, Marraine avait été un énorme coup de cœur pour moi.  Suite à ma relecture, mon ressenti est toujours le même.  Hélène Koscielniak a écrit une histoire terriblement émouvante et intéressante.  Elle nous fait découvrir la terrible réalité des Haïtiens qui travaillent dans les champs de canne à sucre en République dominicaine et qui y vivent dans des conditions de dénuement dignes de leurs ancêtres esclaves.

Ensuite, elle a inventé des personnages complets et tellement vivants.  Je me suis attachée à Normande, cette femme dans la quarantaine qui, pour combler le vide de sa vie de femme mariée sans enfants et sans réels besoins financiers, décide d'adopter un enfant pauvre résidant en République dominicaine et ce, à l'insu de son mari Gilles.  

Elle arrive à surmonter son manque de confiance en elle et développe des trésors d'ingéniosité pour gagner l'argent qui servira à aider Jolino et sa famille.  De même, Gabriella, la mère de Jolino, est une femme fière et courageuse, qui arrive à élever sa famille, malgré le manque d'argent et de ressources.  Et que dire de Jolino?  Ce petit bonhomme de dix ans au début du roman, sérieux et responsable, qui fera tout pour aider sa mère à s'occuper de ses frères et sœur, a gagné mon affection.  Les femmes sont les véritables héroïnes de Marraine et le pilier de leur famille.  Les deux femmes développeront une amitié profonde, qui se révélera à travers une très belle correspondance.

Hélène Koscielniak possède une très belle plume, empreinte de tendresse envers ses personnages, profonde dans la narration des problèmes sociaux et merveilleusement évocatrice dans la description des paysages dominicains.  Elle sait faire naître l'émotion chez son lecteur.  Le roman possède l'authenticité dont on peut s'attendre d'une première oeuvre, avec peut-être quelques petites maladresses de style et une certaine facilité dans la résolution des difficultés que rencontrent le personnage de Normande.    

Malgré cela, Marraine est un véritable bijou et Madame Koscielnak possède un réél talent d'auteur qui ne pourra que se bonifier avec les années.  Je lirai Filleul avec impatience afin de retrouver ces personnages qui me sont devenus aussi chers que des amis ainsi que la si belle écriture d'Hélène Koscielniak.

jeudi 19 juillet 2012

Les âges sombres♥

Auteur : Karen Maitland
Éditions : Sonatine (2012)
Nombre de pages : 672

Résumé : 1321. Les habitants d’Ulewic, une petite cité isolée de l’est de l’Angleterre, sont sous le joug de leur seigneur et de l’Église, celle-ci ayant supplanté, depuis quelques années, le paganisme qui régnait dans la région. Non loin du village s’est installée une petite communauté chrétienne de femmes, des béguines originaires de Belgique. Sous l’autorité de sœur Martha, elles ont jusqu’alors été assez bien tolérées. Mais les choses commencent à changer. Le pays connaît en effet des saisons de plus en plus rigoureuses, les récoltes sont gâchées, les troupeaux dévastés et le besoin d’un bouc émissaire se fait sentir. Neuf hommes du village, dont on ignore l’identité, vont profiter de la tension qui commence à monter pour restaurer un ordre ancien et obscur. Renouant avec de terribles rites païens, usant de la terreur, du meurtre et de la superstition, ils vont s’en prendre aux béguines, qui devront les démasquer et élucider les secrets du village avant que la région ne soit mise à feu et à sang.

Mon avis :

Dans le Moyen-Âge qui nous est présenté dans le roman Les âges sombres, on est bien loin des valeureux chevaliers, des belles dames et de l'amour courtois.  Karen Maitland nous décrit l'époque médiévale dans ce qu'elle a de plus sombre et de plus répugnant.  Un temps où les règles les plus élémentaires d'hygiène étaient inconnues, où la superstition religieuse régnait et où les apparences étaient la réalité.  Vous étiez ce que vous paraissiez être.

Les pauvres étaient soumis à leur seigneur, à l'Église et à la loi du monarque.  Ils avaient toutes sortes de charges et de redevances à payer à ceux qui leurs étaient "supérieurs", certaines étant aussi absurdes et révoltantes que l'écot de l'âme, une sorte de taxe sur les enterrements.  Vous ne pouviez pas payer le prêtre?  Alors vous n'étiez tout simplement pas enterré selon les rites et en terre consacrée!

Tout dans ces temps obscurs était basé sur la simple survie.  On gardait et on réparait tout.  On récupérait même les effets des défunts, car ils pouvaient toujours resservir.  Les paysans dépendaient des caprices de la nature.  Une mauvaise récolte, une sécheresse, une maladie du bétail et leurs vies pouvaient basculer dans l'indigence et la mort.  Où alors chercher de l'aide et une certaine protection?  Comment ne pas se tourner vers les anciens rites païens, qui vous donnaient l'impression d'avoir une certaine influence sur votre sort?

C'est dans ces conditions de vie extrêmes que Karen Maitland campe l'intrigue de son roman.  En plus des habitants du village d'Ulewic, elle nous parle d'une étrange communauté féminine qui s'est installée à l'extérieur du hameau.   Ces femmes étaient appelées des béguines.  Dans ses notes historiques à la fin du roman, K. Mailtand nous explique ce qu'elles sont :

«C'est dans ce contexte que vit le jour en Europe un mouvement singulier, bientôt connu sous le nom de Communautés de béguinage.  Des milliers de femmes, refusant de se marier ou de prendre le voile, commencèrent à s'organiser en communautés exclusivement féminines.  Elles travaillaient les champs et assuraient elles-mêmes leur subsistance grâce à la pratique de divers artisanats, notamment celui de la vannerie.  Elles commerçaient, établissaient des hôpitaux, pourvoyaient à l'éducation des jeunes filles et écrivaient beaucoup. Elles prêchaient ouvertement, dans les rues des villages, traduisaient la Bible dans la langue profane du pays où elles se trouvaient, bien avant que l'Église elle-même ne s'en charge officiellement, et lorsqu'elles étaient excommuniées, ces femmes catholiques endossaient le rôle des prêtres, s'administrant les sacrements les unes aux autres et à quiconque se voyait répudié par l'Église.  Elles ne prononçaient aucun voeu, excepté celui du célibat pour toute la durée de leur séjour dans le béguinage, qu'elles étaient libres de quitter quand bon leur semblait.» (P.663-664)

Le roman se partage en plusieurs points de vue, presque exclusivement féminins.  Et plusieurs de ces narratrices sont des béguines.  Je connaissais déjà ce mouvement séculier, mais j’ai été fascinée par la description que l’auteure en fait.  Ces béguines étaient des femmes autonomes, fortes, déterminées, capables d’empathie et de compassion et pour la plupart, instruites.  Elles dérangeaient, ces béguines qui vivaient de façon indépendante d'un mari ou de l'Église, qui osaient penser tout haut et qui en plus, osaient s'arroger des prérogatives d'hommes et surtout de religieux!  On pensait qu'elles étaient des p*tains, des sorcières et des hérétiques.  Il fallait les éradiquer avant que leur impiété ne se répande comme une maladie contagieuse!  Pour les villageois, il n'y avait pas de problèmes avant l'arrivée des béguines, alors elles sont la cause de tous leurs malheurs.

Karen Maitland a créé une palette de personnages féminins exceptionnels, qui ont tous un petit quelque chose d’attachant.  Elles possèdent toutes une vraie personnalité, en plus d’être extraordinairement humaines, avec leurs faiblesses et leurs croyances.  J’ai éprouvé beaucoup de tendresse pour Servante Martha, Guérisseuse Martha, Osmanna, Béatrice, Pègue et Pisseflaquette. 

Karen Maitland laisse aussi beaucoup de place à la foi pétrie de superstitions et aux croyances de ces âges sombres.  Les problèmes que pouvaient vivre les gens avaient toujours une origine surnaturelle et une justification diabolique.  Alors que l'Église semble impuissante à les protéger de toutes ces calamités qui s'abattent sur eux, les habitant d'Ulewic se tournent vers les Maîtres-Huants.  Ils ont l'impression que les membres de ce cercle obscur, qui pratique un genre d'occultisme, seront à même de les protéger et de les favoriser.  Sauf que ceux-ci, aidés d'une terrible créature volante, née du folklore et de la magie des anciens dieux, font régner un ordre cruel, basé sur la violence et la terreur.  Leur aide coûtera cher aux villageois.

Cette incursion du surnaturel dans le roman n'est pas déplacée et amène même un certain suspense.  Karen Maitland possède une écriture limpide, élégante et efficace, qui vous fait bien imaginer tout ce qui vous est décrit et qui vous accroche dès le départ.  Cet antagonisme entre le village, le prêtre Ulfrid, les Maîtres-Huants et les béguines va aller en augmentant alors que les cataclysmes déferlent les uns après les autres.  Et cela fera ressortir le pire chez la plupart des personnages, alors que l'adversité révélera chez d'autres leur courage et leur grandeur d'âme.

Mon Dieu! que j'ai aimé lire ce roman et comme vous vous en doutez, c'est un gros coup de ♥ pour moi.  Et pour paraphraser Gustave Flaubert*, on peut juger de la qualité d'un livre à la longueur du temps qu'il vous a habité et qu'on met ensuite à en revenir.  Tout au long de ma lecture du roman Les âges sombres de Karen Maitland et aussi pendant le temps où je ne le lisais pas, ses personnages et son histoire m'ont accompagnés, j'y pensais sans cesse.  C'est un roman d'une grande qualité, qui vous fera voyager dans le passé, vous donnera le frisson avec son portrait de la grande noirceur médiévale et de ses superstitions et dont vous n'oublierez pas de sitôt les personnages féminins.  Karen Maitland se révèle une grande écrivaine, qu'il faudra surveiller très attentivement.  Je rends les armes face à son talent!☺
 
*«On peut juger de la beauté d'un livre, à la vigueur des coups de poings qu'il vous a donnés et à la longueur de temps qu'on met ensuite à en revenir.»

Couverture et résumé : Sonatine