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dimanche 10 août 2014

Le dieu de New York

Auteur : Lyndsay Faye
Éditions : Fleuve (2012)
Nombre de pages : 528

Résumé : Été 1845. Après des années de débats politiques, New York crée son département de police. Timothy Wilde intègre malgré lui ce fameux NYPD. Ancien barman, il a tout perdu dans un récent incendie : son bar, ses économies et une partie de son visage.
 
La nuit du 21 août, pendant une ronde, Timothy est bousculé par une petite fille terrifiée. Elle porte une chemise de nuit couverte de sang. Au milieu d'un tissu de mensonges, elle finit par lui révéler qu'elle fuit un homme au capuchon noir qui découpe les enfants en morceaux. Le lendemain matin, le corps d'un petit Irlandais est retrouvé dans une poubelle, une large incision sur le thorax, les organes à nu. La fillette disait vrai, un fou s'en prend aux enfants, mais pas n'importe lesquels, les plus démunis, les immigrés. Timothy se lance dans une traque effrénée pour démasquer cet assassin et éviter que ses sinistres desseins ne mettent la ville de New York à feu et à sang...

Mon avis :

Je n'ai pas souvenir avoir jamais visité New York, mais c'est une ville qui me fascine, par son dynamisme trépidant et ses milles et une facettes.  Son histoire n'en est que plus attirante pour moi qui suis une passionnée d'Histoire, surtout celle du XIXe siècle et du début du XXe siècle, où New York est devenue la mégalopole que l'on connaît aujourd'hui.  

Le roman Le dieu de New York se situe au tournant de l'Histoire où la Grosse Pomme est sortie de la ruralité pour devenir une ville industrielle et populeuse.  En 1845, New York se dote d'une force de police où ses membres doivent arpenter ses rues et arrêter le crime où moment même où il se produit.  C'est une ville où l'extrême richesse et l'indigence la plus choquante se côtoient.  Elle déborde déjà d'innombrables immigrants, qu'elle peine à nourrir et s'apprête à vivre une autre vague d'immigration sans précédent avec tous ces Irlandais qui meurent de faim dans la verte Erin à cause d'un parasite qui s'attaque aux pommes de terre et en anéantit presque totalement les récoltes.  Ils voient l'Amérique comme une terre promise.

Les Américains de souche et protestants vivant à New York ne veulent pas de ces catholiques, qu'ils jugent superstitieux et arriérés.  Le crime et la corruption y règnent.  C'est dans ce contexte que Timothy Wilde, un ancien barman qui a tout perdu dans un gigantesque incendie et qui en est sorti en partie défiguré, devient un "flic à l'étoile".  Il travaille seize heures par jour, doit comprendre l'argot particulier qu'utilisent les malfrats, tout ça au milieu de l'hostilité de la majorité des habitants qui ne veulent pas de cette nouvelle police.

Un soir, une petite fille habillée d'une robe de nuit tâchée de sang lui rentre dedans en lui disant : "Ils vont le couper en morceaux".  Le lendemain matin, le corps sans vie et mutilé d'un petit garçon est trouvé dans les poubelles.  Plusieurs autres corps d'enfants sont déterrés dans un terrain vague.  Ce sont tous de petits Irlandais catholiques et prostitués.  Même si personne ne s'en était soucié jusqu'à maintenant, le fait qu'un tueur, que la rumeur dit Irlandais, s'en prenne à des enfants en y mêlant religion et politique met le feu aux poudres à une grande échelle et une émeute éclate...

Timothy est un personnage intéressant qui s'interroge beaucoup sur ce qu'il désire dans la vie, suite à la perte de son logement, de son emploi et de toutes ses économies dans cet incendie.  Toutes ces choses étaient son passe-port vers une meilleure vie, alors qu'il espérait épouser son amie d'enfance, Mercy Underhill.  Il est confronté à la fois à l'héroïsme le plus fort et à la violence la plus crue en la personne de son grand frère Valentin, une espèce de bandit généreux, drogué, pompier trompe-la-mort irréfléchi et membre du parti démocrate, qu'il aime et déteste tout à la fois.  

Tim est extrêment humain, capable du meilleur comme du pire, il verra toutes ses illusions tomber et en sortira plus fort quand même.  Tous les personnages de ce roman sont fascinants, ils ont tous une part d'ombre et de lumière, comme la ville elle-même.  Mon personnage préféré, en plus de Timothy, est celui de Mercy Underhill, fille de pasteur protestant, qui ne peut s'empêcher de mettre sa vie et sa santé en danger en allant soigner les Irlandais malades dans le cloaque où ils vivotent, malgré l'interdiction de son père.   Et qui ,en même temps, écrit dans les journaux des feuilletons sur les grandeurs et les misères de New York que les dames de la bonne société ne peuvent que lire en secret et en rougissant...

L'aspect historique est particulièrement bien rendu, on voit et on sent tout de la ville qui ne dort jamais, grâce à de nombreuses descriptions.  L'auteure raconte les différentes particularités et oppositions de la cité à cette époque : les gangs de rue, les petits crieurs de journaux, les mille métiers et petites débrouilles que développent la population pour survivre, les riches marchands, les madames qui tiennent des maisons closes, etc.  

En ce sens, Lyndsay Faye parsème toutes les pages de son roman d'expressions argotiques de l'époque. Ce langage a été traduit en argot français et que l'on doive se référer constamment au lexique proposé en fin de volume et que l'on n'y trouve pas une grande partie des tournures de phrases employées a été la seule chose qui m'ait vraiment agacé.  Sinon, ce roman est un coup de coeur, de par ses personnages si humains, son histoire riche et complexe et sa reconstitution de New York si vivante et si complète.  Il plaira autant aux amateurs de polars qu'à ceux de romans historiques.  Je lirai très bientôt le deuxième tome des enquêtes de Timothy Wilde intitulé Le sang noir du secret.
http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28338705.html
Image et résumé : Les éditions Fleuve

mardi 24 juin 2014

Les couleurs de l'espoir

Auteure : Julie Kibler
Éditons : Belfond (2014)
Nombre de pages : 348

Résumé : Portée par un souffle romanesque exceptionnel, une magnifique histoire d'amitié, d'amour et de sacrifices; des années 1930 à nos jours, le portrait en creux d'une Amérique forgée dans les larmes, la violence et la ségrégation. 

Dorrie Curtis, jeune coiffeuse de Dallas, se demande encore ce qui l'a poussée à accepter la requête d'Isabelle McAllistair. Certes, Mlle McAllistair est une excellente cliente, mais de là à entreprendre un si long périple, du Texas à l'Ohio, pour la conduire à de mystérieuses funérailles... Et pourtant, sur la route, va se lier entre l'énergique mère célibataire afro-américaine et la digne vieille dame de quatre-vingt-neuf ans une amitié d'autant plus belle qu'elle était encore improbable il y a peu.  

À mesure que défilent les États du Vieux Sud, Isabelle se confie : l'histoire d'une jeune fille éprise de liberté; d'une famille bourgeoise engoncée dans ses certitudes; d'une passion aussi forte qu'interdite sur ces terres rongées par le racisme, et dont l'écho résonne encore douloureusement...  Quelle est la véritable raison de ce voyage? Que cachent les silences d'Isabelle? Et si, malgré leurs différences, les deux femmes avaient plus en commun qu'elles ne le croyaient?

Mon avis :

Autant vous en aviser dès maintenant, ce roman est dans la même veine que La couleur des sentiments de Kathryn Stockett et Les larmes noires de Mary Luther d'Anna Jean Mayhew, que j'ai déjà lus.  Il traite donc des difficiles relations entre les Noirs et les Blancs dans le sud des États-Unis, de racisme, de violence, mais aussi d'amour et d'amitié .

J'ai adoré ma lecture, car il s'agit non seulement d'une belle, grande et déchirante histoire d'amour impossible entre la jeune Blanche, Isabelle et le jeune Noir, Robert, mais aussi de l'histoire d'une belle amitié entre cette Isabelle devenue vieille dame et sa coiffeuse afro-américaine, Dorrie.

Pendant un voyage en voiture qui doit mener les deux femmes de Dallas au Texas à Cincinnati, en Ohio, on découvre en même temps que Dorrie quel est le secret de mademoiselle Isabelle.  On assiste à la révolte de celle-ci contre sa mère autoritaire qui aimerait lui voir emprunter une route déjà toute tracée pour son avenir, son père si bon, mais si mou face à son épouse, ses deux frères aînés qui sont de vraies brutes.  Ainsi que son affection pour Cora, la bonne noire et sa fille Nell.  On assiste à l'éclosion de la passion entre la jeune fille et Robert, le fils de Cora et ce malgré qu'ils doivent se cacher, car les Noirs sont vus comme des moins que rien, des animaux.  Robert pourrait être battu et même tué pour avoir osé regarder une jeune fille blanche... On se révolte aussi contre ce racisme et cette ségrégation institutionnalisés.

L'auteure sait installer un bon suspense dans son histoire en alternant les points de vue de Dorrie aujourd'hui et celui d'Isabelle autrefois.  On reste captivé, accroché à l'histoire, car on veut en savoir davantage sur l'histoire d'amour entre les deux jeunes gens, sur ses conséquences et son dénouement qui hélas, dans cette Amérique ségrégationniste, ne peut être idyllique...

On apprend aussi à découvrir le personnage de Dorrie, qui élève seule ses deux adolescents et qui a peur d'aimer à nouveau.  C'est une femme courageuse, indépendante et dynamique à laquelle on s'attache, de même qu'à Isabelle qui est une vieille dame un peu grincheuse, mais adorable et aussi courageuse.

C'est un roman touchant et poignant, qui pourrait peut-être vous tirer quelques larmes.  Une belle leçon sur la tolérance et sur les différences que nous laissons peut-être souvent nous séparer des autres, alors que nous sommes tous des êtres humains, mais aussi sur le racisme qui est toujours latent et qui s'applique autant dans un sens que dans l'autre, mais aussi sur la difficulté de faire à nouveau confiance quand on a souvent été blessé par le passé.  La fin n'est pas exactement celle à laquelle je pensais, mais j'en ai quand même été satisfaite.

http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28338705.html

samedi 3 mai 2014

Caps d'acier et talons hauts

Auteur : Johanne Pronovost
Éditions : De Mortagne (2014)
Collection : Lime et citron
Nombre de pages : 344

Résumé : Après mes études, je me voyais déjà comme la plus grande designer en aménagement paysager de Montréal ! Bon, je vous l’accorde, je visais haut. J’ai frappé un mur, aussi… Malgré l’offre incroyable que me faisait ma directrice de stage, j’ai décidé de suivre mon beau Louis dans un trou perdu… en Outaouais !
 

Ah, l’amour, ce que ça peut nous pousser à faire…
 

Résultat : trois ans plus tard, je suis juste bonne à shaker des gallons de peinture dans un ProRéno pis à chialer contre ma vie plate.
 

Mais j’ai pas dit mon dernier mot ! Avec ma persuasion légendaire, je parviens à convaincre le boss de Louis de m’engager sur son projet, où je commence en bas de l’échelle, à clouer des planches de patio.
 

Maintenant, malgré que je respire le bonheur, mon chum, lui, n’est plus capable de me sentir. Pas question que j’accepte notre rupture si facilement ! Même si je dois dormir dans une tente, me laver sur le chantier et cruiser en caps d’acier, je vais réussir à le reconquérir.
 

D’ici la fin de l’été, Louis verra à quel point je suis exceptionnelle, parole d’Élizabeth Morin ! Mais qu’arrivera-il si mon charme ne fait pas effet sur la bonne personne ?

Mon avis

Ce roman de chick-lit québécoise est ma deuxième incursion dans ce genre littéraire (après le premier tome de La vie épicée de Charlotte Lavigne) et je dois dire qu'ici aussi, je n'ai pas été déçue.

Caps d'acier et talons hauts me fait irrésistiblement penser à la chanson Un air d'été de Pierre Bertrand - il ne faut pas y voir une référence péjorative.  Ce roman est parfait pour l'été et délicieusement léger.  Dans la grisaille de ce mois d'avril, il a été comme un rayon de soleil pour moi.

Contrairement à d'autres romans de chick-lit, celui-ci ne parle pas des amours multiples et tumultueuses de l'héroïne.  Élizabeth Morin vient d'être abandonnée par son copain Luc après avoir été ensemble pendant trois ans, alors qu'elle s'est engagée à travailler tout l'été sur le même chantier de rénovation que celui-ci.  Elle pense qu'elle sera à même de le reconquérir avant la fin des travaux... Les choses ne tourneront pas exactement comme elle l'avait souhaité.

J'ai beaucoup souri et même ri durant cette lecture.  Élizabeth est un brin gaffeuse, très déterminée, drôle à souhait et a un grand coeur.  La galerie de personnages secondaires qui l'accompagne, est particulièrement hilarante, comme Marco, un compagnon de travail avec ses accoutrements vestimentaires hallucinants ou la mère d'Élizabeth qui a une conception bien particulière du jeu de Scrabble.

Ce roman est donc très plaisant à lire, on ne s'ennuie pas une seconde, les chapitres qui le composent sont courts.  Même si Caps d'acier... est moins développé que La vie épicée..., il ne faut pas hésiter à le lire si on a envie de se faire plaisir et de s'amuser!  La chick-lit québécoise n'a rien à envier à celles de d'autres pays.  Et j'ai complètement craqué pour la couverture vintage du livre. 

Gemma en parle ici.
http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28338705.html
Couverture et résumé : éditions de Mortagne

dimanche 27 avril 2014

Le cercle des jeunes élues

Auteurs : Sara B. Elfgren et Mats Strandberg
Éditions : JC Lattès (2013)
Collection : Thrillers
Nombre de pages : 500 pages

Résumé : Engelsfors, une petite ville de Suède entourée de forêts immenses. À peine la rentrée des classes passée, un élève est retrouvé mort dans les toilettes du lycée. Tout le monde croit au suicide. Tout le monde, sauf elles.
 
Une nuit où la pleine lune luit d’une étrange couleur rouge, six jeunes filles sont mystérieusement attirées, malgré elles, vers l’ancien parc d’attraction. Dans cet endroit depuis longtemps désaffecté, une prophétie leur est révélée : elles sont les Élues, un groupe de sorcières, liées les unes aux autres par un pouvoir capable de repousser le Mal. Ensemble, elles vont devoir maîtriser cette étrange force et lutter contre une vieille malédiction. Désormais, rester unies est leur seule chance de survie. 

Mon avis :

J’ai été à la fois énormément touchée et captivée par ce roman.  Tout d’abord, il raconte l’histoire d’adolescents qui étudient dans un lycée dans une ville qui ne semble pas offrir beaucoup de débouchés sur l’avenir.  On se centre davantage sur six étudiantes, Minoo, Anna-Karin, Linnéa, Vanessa, Ida et Rebecka ainsi que sur un jeune homme, Élias.

Ce roman aborde avec beaucoup de vérité et de sensibilité les nombreux problèmes que vivent les adolescents : le suicide, le rejet, l’intimidation, le divorce, les troubles alimentaires, le mal-être, la popularité, l’amitié, l’alcool, les drogues, les réseaux sociaux, l’amour, l’argent.  Ça peut sembler rebutant à première vue, mais comme on plonge dans les pensées et les sentiments de ces adolescentes, on s’attache rapidement à elles.

L’intrigue entourant la mort de ces adolescents, la révélation de leurs pouvoirs surnaturels, sur la guerre qui pourrait avoir lieu à Engelsfors entre le bien et le mal, ne vient que pimenter le tout.  Sur les traces de ces jeunes filles qui enquêtent pour savoir qui a tué leurs amis, ce roman devient presque un thriller.  Les adolescentes sont forcées à devenir des alliées, malgré leurs différences et leurs antagonismes.  Elles sont laissées à elles-mêmes face à leurs pouvoirs et à leur mission, leur apprentissage se fait très lentement, leurs découvertes aussi.  Ce n’est pas du tout cuit dans le bec, c’est difficile, certaines semblent sans pouvoir, des questions sont laissées sans réponses comme dans la vraie vie.

Ce mélange littéraire est irrésistible.  Les héroïnes et leurs problèmes m’ont trotté longtemps dans la tête.  J'aurais voulu me précipiter sur la suite, si j’avais eu assez de patience pour la lire en anglais, je l’aurais fait.  Le roman semblait me dire : il faut parler de moi !   Alors, voilà, c'est fait!
 http://ennalit.canalblog.com/archives/challenge_petit_bac_2014/index.html
Couverture et résumé : JC Lattès

mercredi 26 mars 2014

Le cercle des confidentes tome 1

Tome 1 : Lady Megan
Auteure : Jennifer McGowan
Éditions : Milan (2013)
Collection : Macadam
Nombre de pages : 430

Résumé : Lady Megan est le premier tome de cette série très originale qu’est le Cercle des confidentes. Elles sont cinq.Cinq jeunes femmes aux talents extraordinaires. Cinq espionnes de la reine Élisabeth 1re d’Angleterre.  Elles sont ses yeux, ses oreilles. Chacune est unique. 

Voici l’histoire de la première d’entre elles, Lady Megan ! Ce 1er tome a pour personnage principal Meg Fellowes, 17 ans et voleuse désabusée. Elle rejoint un groupe d’espions féminins au service de la reine. Résoudre un meurtre, sauver la couronne et peut-être tomber amoureuse… de nombreux défis attendent notre héroïne !

Mon avis :

J'étais tellement enthousiasmée par ma lecture au départ que j'étais certaine que ce serait un coup de coeur.  Mais en chemin, je ne sais trop exactement pourquoi, cet enthousiasme s'est légèrement refroidi.

Ma lecture fut quand même extrêmement plaisante, car son sujet m’intéresse beaucoup, soit la vie à la Cour d’Angleterre sous le règne d’Élisabeth 1ere, qui fut une souveraine formidable et politicienne rusée et redoutable.  On y parle aussi de  la condition des femmes à travers à cette époqueMalgré que ce soit un roman jeunesse, je trouve que l’aspect historique est assez bien rendu.  C’est aussi un très bon roman d’aventures, dès que l’on a accepté ses prémisses peu ordinaires, soit un cercle de jeunes femmes (adolescentes) espionnes agissant dans l’ombre de la reine pour la protéger.  

Ce que j’ai trouvé particulièrement bien rendu, c’est la vulnérabilité de ces jeunes filles et le fait qu’elles ne sont que des instruments dans les mains des conseillers de la reine.  Si elles ne leur sont plus utiles, car ne pouvant plus exécuter les missions demandées, ils peuvent s’en débarrasser tout simplement, comme on jette des objets.  Leur existence ne leur appartient pas et elles n’ont pas de vie privée : elles ne sont là que pour servir la reine et l’Angleterre (et souvent les intérêts particuliers de toutes les parties concernées).   Les intrigues politiques aussi sont bien décrites, la cour est un échiquier où les pions sont déplacés toujours en fonction d’un intérêt politique, souvent caché.  C’est aussi un panier de crabes où tous n’hésitent pas à s’écraser les uns les autres pour se faire remarquer de la reine, pour obtenir des richesses, des titres ou une fonction à la cour.  Il n’y a pas que les Anglais, mais aussi les membres des cours étrangères (espagnole).  Tout n’est qu’apparence et mensonge, tous sont des marionnettes manipulées par des hommes dans l’ombre.  Élisabeth est protestante, elle est jeune et célibataire, beaucoup aimerait la voir mariée.  Tout cela est objet de tractations, échanges, complots, manipulations, secrets, etc.  Élisabeth vient d’accéder au pouvoir après de longues années de réclusion et elle veut s’amuser, ce qui ne plaît pas à tout le monde.

J’ai adoré cette idée de ce cercle de jeunes filles choisies en fonction de leur talent particulier pour protéger la reine, espionner et déjouer des complots.  Elles doivent remplir des missions.  Megan est une jeune femme débrouillarde et décidée, une voleuse et une bonne comédienne.  Elle est indépendante et elle est lucide quand aux possibilités qui existent pour les femmes : elle n’a pas envie de s’encombrer d’un mari.  Quand elle est arrêtée et doit renoncer à sa liberté pour protéger ses amis comédiens, elle y rechigne et espère la retrouver le plus vite possible.  Elle n’est pas éblouie par les fastes de la cour et sait la précarité de la place qu’elle y occupe.  Elle reçoit une formation assez complète : les usages de la cour, combats, poisons, langues étrangères, politique, etc.  Elle doit jouer la comédie, apprendre à mentir et à manipuler aussi.

Même si elle est aux ordres des conseillers de la reine, Meg décide avec ses amies d’enquêter elles-mêmes sur la mort d’une précédente confidente.  Elle découvre des lettres compromettantes, des couloirs secrets et un possible complot catholique contre la reine.  Elle doit choisir entre sa loyauté envers ses amies et la reine et son devoir envers ses «employeurs».

Au niveau des «faiblesses» du roman, il y a un manque de précision et de réalisme au niveau des intrigues de la Cour et des missions confiées aux confidentes.  Mais il faut dire que l’auteure s’adresse à des adolescents, qui sont peut-être moins pointilleux que moi.  Aussi, j'ai trouvé qu'on passe beaucoup de temps dans les pensées de Meg, peut-être au détriment de l’action.

Mais somme toute, c'est un excellent roman d'aventures et historique, avec un sujet original et des héroïnes très fortes, dont Megan est la première à nous être présentée.  Je lirais la suite avec grand plaisir!

http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28338705.html 
Idée 22 :  une pièce d’un vêtement

samedi 22 mars 2014

Les moitiés d'Alice ♥♥♥


Auteure : Judith Itzi
Éditions : Stanké (2014)
Nombre de pages : 184

Résumé : Alice Fillières, huit ans, est dotée d'une imagination débordante et d'un altruisme particulier, qui la pousse à soigner les gens et les animaux blessés autour d'elle.  Elle possède également une drôle de manie, celle de ne manger que la moitié de ses repas. Son père, autoritaire, ne comprend pas cette habitude, qu'il attribue à un manque d'attention, alors que sa mère l'envoie consulter des « spéléologues de l'esprit ».

Au travers des événements qui parsèment son quotidien, dont son arrivée dans une nouvelle école et la maladie d'Elisabeth, sa meilleure amie, elle tentera de percer les secrets de sa famille et de surmonter diverses épreuves.  Avec l'aide de sa tante Astrid, qui ne fait rien comme tout le monde, et d'Alex, un nouvel élève qui fait apparaître des papillons dans son ventre, elle parvient à affronter l'inconnu et le monde avec courage. 

Mon avis :

On pense, souvent à tort, que les enfants ne remarquent pas ce qui les entoure.  Malgré son jeune âge, Alice observe et comprend beaucoup de choses.  En soignant les animaux, elle apprend aussi à soigner les humains,  En vraie petite fée, elle leur offre fleurs, câlins et chocolat pour réparer ce qui est brisé à l’intérieur.  À l’aide d'alliés comme sa tante Astrid ou Henri-le-fou-qui-n’est-pas-si-fou, elle apprend à mieux appréhender sa vie et à résoudre les difficultés qu’elle rencontre (divorce, intimidation, deuil, etc.)

Les moitiés d’Alice est un tout petit roman qui fait un bien fou.  C’est en réalité un pur bonheur.  Alice est immensément touchante, attachante et pleine d'imagination.  À travers ses observations toujours justes et souvent drôles, elle pose un regard à la fois lucide et naïf sur son entourage.  Judith Itzi, à travers les réflexions d’Alice, nous touche directement à l’âme.  On sourit souvent, on est ému.

On a envie de prendre Alice dans nos bras pour lui faire un gros câlin.  Elle nous permet de découvrir certaines vérités.  On comprend que c’est en s’ouvrant aux autres que l’on peut panser nos blessures intérieures et apprendre à être heureux.  Une des phrases que j'ai notées dans ma lecture dit ceci : «Alors je vais te dévoiler un grand secret. Le bonheur habite dans une boîte.  Si on ne l’ouvre pas, on ne peut pas être heureux…» (P. 123)

Il faut donc ouvrir ce livre pour connaître le bonheur qu’il apporte!  Merci Judith Itzi pour ce roman plein de tendresse, qui vous laisse les yeux plein d'étoiles et avec un petit velours à l'intérieur... C'est un immense coup de coeur qu'il faut vite prêter à un prochain lecteur!

Merci à Véronique Déry pour cet envoi!


http://ennalit.canalblog.com/archives/2013/12/01/28556050.html

Résumé et couverture :Stanké

vendredi 7 février 2014

Voyageurs de passages tome 2


Titre : Pour le temps qu'il nous reste
Auteure : Pierrette Beauchamp
Éditions : Hurtubise (2013)
Nombre de pages : 360

Résumé : Montréal, septembre 2000.  Stéphane Gadbois et Janine Provencher s’aventurent dans les mystérieux passages souterrains de Rosemont, le premier espérant ramener la seconde à l’époque dont elle provient : 1959. Mais à leur plus grande stupéfaction, les voilà qui débarquent… ailleurs ! Après Janine, c’est maintenant au tour de Stéphane de vivre la déstabilisante expérience du voyage temporel.

Ce périple inopiné dans un Montréal d’un temps révolu est source de découvertes et de surprises pour le couple. Des rencontres bouleversantes se produisent ; des interrogations trouvent enfin leurs réponses. Témoin de tous ces chavirements dans la vie de Janine, Stéphane se rapproche d’elle bien malgré lui, mais le bon sens l’incite à prendre garde, car la jeune Janine et madame Bilodeau en viennent à se confondre de plus en plus dans son coeur…

Le problème des deux voyageurs demeure toutefois entier : Janine doit retourner d’où elle vient et le temps presse. Mais un dilemme encore plus délicat se posera peut-être : en admettant qu’il lui soit possible de réintégrer 1959, Janine voudra-t-elle encore, au moment décisif, regagner son époque et y jouer le rôle qu’on attend d’elle? Car ce qu’elle a entrevu des temps futurs lui a plu… beaucoup plu ! Qui voudrait d’une vie dont il connaîtrait déjà l’avenir? La suite d’une grande histoire d’amour aussi enivrante que déchirante. 

Mon avis :

Madame Beauchamp, malgré son succès populaire, je ne sais pas pourquoi votre série demeure ignorée par la majorité des chroniqueurs littéraires,- ils n'ont peut-être tout simplement rien compris - parce que moi, je l'aime d'amour!

Donc, moi, je les aime d'amour, Stéphane et surtout, Janine, ces chers personnages que j'ai retrouvés avec une immense joie, à l'instant même où je les avais laissés dans le premier tome.  Quelque part dans les passages souterrains se trouvant sous le quartier Rosemont et quelque part... dans le temps!  Je ne veux pas trop en dévoiler pour laisser le plaisir de la découverte à ceux qui ne vous auraient pas encore lue!

Dans ce deuxième opus, on fait la rencontre du frère aîné de Janine, Laurent, un beau garçon qui plaît beaucoup à Marie-Claire Duminisle, la châtelaine voisine de la famille Provencher dans Rosemont.  Janine croise aussi son père Ernest, plus jeune et plus heureux avec sa première famille, avant le drame affreux qui en fera l'homme grincheux et renfermé que Janine connaîtra.

Il y a aussi une touche d'histoire avec un grand H dans ce deuxième tome qui m'a beaucoup plu.  J'ai découvert le Parc Dominion, situé dans l'est de Montréal, un parc d'amusement qui peut être vu comme l'ancêtre du parc Belmont et pourquoi pas, de La Ronde!  J'ai aussi aimé le tour que j'ai fait en petit char - tramway électrique - dans les rues d'un Montréal beaucoup plus champêtre et tranquille que celui d'aujourd'hui.

Mais ce que j'ai aimé par-dessus tout, c'est la relation amoureuse qui se développe enfin entre Stéphane et Janine, malgré le peu de temps qu'ils ont, malgré leur différence d'âge et toutes ces années où Janine aura à attendre le retour de Stéphane.  Les deux amoureux sont très touchants quand ils sont ensemble.  Janine, qui est une femme solide et de caractère, découvrira que la vie d'une femme peut être autre chose que celle de la reine du foyer que son époque attend d'elle et qu'elle peut avoir aussi ses propres aspirations.

Votre roman, Madame Beauchamp, est écrit simplement, mais avec le langage du coeur.  Il m'a touché énormément parce qu'il parle de sentiments, il est réconfortant parce que vos personnages savent aimer et sont aussi capables de pardonner et de changer.  En plus, comme je le disais dans mon premier avis, j'aime les voyages dans le temps et le fait de savoir que le temps est compté pour Janine et Stéphane et aussi de se demander s'ils se reverront un jour ajoute un certain suspense à l'histoire.

Mon avis est tout simple, mais sincère.  Ce roman, je l'aime, il m'a fait du bien et ses personnages m'ont habité pendant longtemps.  J'ai tellement hâte de les retrouver dans le prochain livre.  Une dernière chose, Madame Beauchamp : continuez à écrire, pour notre plus grand bonheur! 

La page de Voyageurs de passage : https://www.facebook.com/voyageursdepassages


Couverture et résumé : Hurtubise

dimanche 26 janvier 2014

Filles de lune tome 1

Tome 1 : Naïla de Brume
Auteure : Élisabeth Tremblay
Éditions : de Mortagne (2008)
Nombre de pages : 430

Résumé : D'après une légende qui remonte à des temps immémoriaux, régnera sur la Terre des Anciens celui ou celle qui parviendra à retrouver les trônes mythiques de Darius le Sage et de son ennemi juré, le sorcier Ulphydius. Depuis plus de sept siècles, les aspirants au pouvoir sont nombreux et s'affrontent sans relâche. Toutefois, seule une Fille de Lune de la lignée maudite pourrait redresser les torts causés par ses aïeules, responsables de ces luttes sans merci que se livrent des peuples autrefois pacifiques. Mais les descendantes de cette lignée sont toutes disparues. Du moins, semble-t-il...

À vingt-cinq ans, la vie de Naïla bascule. Sous le choc de son double deuil, elle accepte d'aider sa tante à rénover la maison familiale. Voilà donc la jeune femme de retour dans ce petit village en bordure du fleuve St-Laurent, où les innombrables souvenirs de vacances devraient lui apporter du réconfort.Mais une trouvaille faite dans le grenier de la maison ancestrale empêchera Naïla d'y trouver la quiétude tant espérée. Les découvertes troublantes se succèdent, remettant en question non seulement ses origines, mais aussi ses croyances et ses convictions.  À qui appartiennent tous ces livres traitant de sorcellerie et de mondes parallèles?

Qui est donc cette femme étrange, qui se prétend son aïeule, et dont la correspondance a été écrite dans une langue mystérieuse que seule Naïla peut déchiffrer? Pourquoi le simple contact d'une pierre provoque-t-il chez la jeune femme des visions de gens qu'elle ne connaît pas?Les réponses à ces questions en susciteront bien d'autres, plus troublantes encore. Naïla sombrerait-elle doucement dans la folie, comme sa grand-mère et sa mère avant elle? Et qui est-elle réellement : Naïla Langevin, simple humaine, ou Naïla de Brume, l'héritière de cette lignée maudite, recherchée, attendue et traquée de l'autre côté de la frontière du temps et de l'espace?

Mon avis : 

Naïla Langevin est une jeune femme de 25 ans qui, après un double deuil, se réfugie dans la maison centenaire de sa grande-tante Hilda située dans Charlevoix, près du fleuve.  Elle espère que de travailler à la rénovation de la vieille demeure l'aidera à surmonter l'épreuve difficile qu'elle traverse.  Alors qu'elle fouine dans le grenier, puis dans un débarras, elle trouve d'étranges objets et papiers qui viendront bouleverser non seulement ce qu'elle connaissait de l'histoire de ses aïeules, mais aussi et surtout, la conception du monde qui l'entoure...

Empreinte de magie et de secrets, cette histoire me paraissait très prometteuse, d'autant plus qu'elle parle aussi de mondes parallèles et d'une lignée ancienne de femmes magiciennes influencées par la lune.  Cependant, j'ai été déçue par ce roman, car son écriture m'a paru brouillonne et il s'en dégage beaucoup de confusion.  Dans la première partie, l'héroïne tergiverse beaucoup avant de prendre finalement une décision.  Tandis que dans la deuxième partie, même si les choses s'améliorent, on passe encore beaucoup de temps à attendre avant qu'il se passe enfin quelque chose.  Il y a beaucoup de détails sur ce nouveau monde à assimiler et de personnages à apprivoiser sans toujours savoir d'où ils viennent ni qui ils sont.  On sent rapidement que le roman aura une suite, car beaucoup de choses sont laissées en suspens, mais le découpage entre les événements m'a semblé maladroit.

C'est vraiment dommage que mon avis ne soit pas plus élogieux, car j'ai malgré tout aimé ma lecture.  L’héroïne est quand même intéressante, l’idée de l’existence de mondes parallèles et des voyages entre eux, séduisante, et la description de la Terre des Anciens et de la magie, envoûtante quoique embryonnaire.  Mais ce ne fut pas assez pour emporter totalement mon adhésion, car je ne sais pas encore si je poursuivrai avec les prochains tomes de la série.

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